Une chapelle et son quartier

Notre-Dame-de-Bon-Secours: une chapelle et son quartier

Luc Noppen

Patricia Simpson et Louise Pothier, Notre-Dame-de-Bon-Secours: une chapelle et son euqrtier. Montreal, Fides, 2001, 151 p. 20 $.

A l’habituelle brochure, ephemere et mal distribuee, le Musee Marguerite-Bourgeois (desormais loge a cote de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, rue Saint-Paul dans le Vieux Montreal) a prefere presenter un bel ouvrage pour interpreter les lieux, informer ses visiteurs et rejoindre un public plus large par le biais du reseau des librairies. Tout a l’honneur de l’institution et de l’editeur est la qualite de l’edition: graphisme soigne, illustration abondante, largement en couleurs, papier de qualite. Malgre son petit format, voila un beau livre. Sans coquilles aussi et, chose rare aujourd’hui, admirablement ecrit.

L’ouvrage est construit sur une table des matieres rigoureusement chronologique. Un premier chapitre entraine le lecteur dans la prehistoire de Montreal. On y dessine le cadre physique du territoire sur lequel les Francais rencontrerent les Amerindiens et qui devint l’assise de Ville-Marie. Puis les auteurs evoquent successivement la premiere chapelle-en fait <>-erigee de 1674 a 1678 et rasee par le feu en 1754; la renaissance de Notre-Dame-de-Bon-Secours, reconstruite de 1771 a 1773; l”ge d”r de <> (1848-1882); le dernier chapitre est consacre a la reconstruction partielle et aux travaux d’ornementation qui, menes de 1886 a 1894 et en 1908, ont defini la figure actuelle de la chapelle. L’epilogue relate comment, de fil en aiguille, les travaux d’isolation de la fausse-voute de la chapelle et la <> des fresques peintes en trompe-l ceil de 1886 a 1888 par Francois-Edouard Meloche one mene a la relocalisation du Centre Marguerite-Bourgeois, a la restauration et a la mise en valeur de la chapelle puis a l’ouverture du musee attenant.

Cet ouvrage est une mine de renseignements. Les textes de Patricia Simpson convoquent une multitude de faits pour interpreter la chapelle et sa place dans le quartier. Des dizaines d’encadres, don’t plusieurs rediges par des collaborateurs, enrichissent le recit principal et permettent, aussi grace a l’illustration accompagnee de vignettes explicatives denses, une lecture riche et variee. Dans l’ensemble, il n’y a guere que le contenu archeologique qui se revele plus faible. Et cela parce que la connaissance obtenue par les fouilles et les analyses n’a en fait que peu a voir avec la chapelle et concerne, pour l’essential, l’assiette du Vieux-Montreal tout entier. De plus, les illustrations qui ont ete commandees a Francis Back (par ailleurs fort talentueux) pour camper ces <> forment un corpus remantique digne des mievreries sulpiciennes de la fin du XIX (e) siecle. Enfin, le proselytisme qui affleure a plusieurs reprises dans le texte n’est pas de nature a soutenir l’interet de la plupart des lecteurs d’ aujourd’hui, chretiens plus <> que pratiquants.

Le laic que je suis remarque deux absences dans cet ouvrage. D’abord, le theme de Notre-Dame de Bonsecours n’y est qu’effleure. L’on sait pourtant que, dans le monde francophone, Notre-Dame de Bonsecours (quelquefois aussi Notre-Dame du Port, Notre-Dame de la Garde ou meme Notre-Dame de la Victoire) a parseme le paysage, notamment le paysage portuaire et marin, de chapelles. La reconstruction de la chapelle de Montreal en 1771, tout comme la construction d’une chapelle Bonsecours a 1’Assomption en 1779 et la reconstruction d’une vaste eglise Notre-Dame de Bonsecours a 1’Islet-sur-Mer en 1770 montre un interet accru au Quebec pour cette devotion, au lendemain de la Conquete. Pourquoi?

Cela m’amene evoquer le fait que la chapelle de Montreal n’a pas ete bien inscrite dans une histoire de I’architecture, de Montreal d’abord, du Quebec ensuite. Les chapelles de I’Hotel-Dieu et des jesuites, l’eglise des recollets du faubourg du meme nom et bien d’autres monuments existants et disparus sont utiles a l’interpretation de la figure construite et restauree pour en etablir la valeur, en decoder les significations. Rien d’etonnant donc, en l’absence de reelle analyse architecturale, que la <> (p. 41) ne produise qu’un profond malaise. On ne retrouve de fait aucun effort pour decrire cette <>, assez curieusement <>, sans plus. On se serait attendu ce que la primaute revendiquee fasse l’objet d’une defense plus articulee.

L’ceuvre de la fin du [XIX.sup.e] siecle, bien que mise en valeur par la restauration de l’enveloppe et de l’interieur, n’a ete que partiellement saisie par l’ouvrage. Elle n’est pourtant pas sans interet. Curieusement, le livre ne fait pas plus de place a la facade de Perrault et Mesnard, pourtant determinante dans l’imaginaire collectif de la chapelle nichee au bout de la rue Bonsecours. A fink par renoncer a ce qui cree la presence du monument dans le quartier, cette mise en valeur toute axee sur des images romantiques d’une autre epoque (dont les sympathiques aquarelles et reconstitutions qui montrent l’edifice avant les travaux de la fin du [XIX.sup.e] siecle) pourrait compromettre le succes d’une entreprise qui, livre, chapelle et musee confondus, devrait voir avant tout a convaincre le public visiteur d’une frequentation plus soutenue d’un haut lieu encore, helas, trop confidentiel.

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