Alphonse Desjardins et le catechisme des caisses populaires, Sillery, Septentrion, 2000, 262 p

Alphonse Desjardins et le catechisme des caisses populaires, Sillery, Septentrion, 2000, 262 p

Francis Leblond

Paul Morency, Alphonse Desjardins et le catechisme des caisses populaires, Sillery, Septentrion, 2000, 262 p.

Vers 1908, cherchant un moyen original et efficace pour faire la promotion des caisses populaires et des principes de la cooperation, Alphonse Desjardins confie au jeune abbe Philibert Grondin, professeur au College de Levis, le mandat de rediger un catechisme portant specifiquement sur ces elements. La formule simple de questions et de reponses qui caracterise les catechismes ayant deja fait ses preuves dans le passe, Desjardins y voit un bon moyen pour rejoindre un vaste public. Ainsi, en 1910, le Catechisme des caisses populaires voit le jour et devient, au fil de ses quinze editions reparties entre 1910 et 1961, un outil promotionnel central, incontournable, pour la propagation des caisses et de l’ideal cooperatif.

S’interessant particulierement a la premiere edition de ce catechisme et aux messages qu’il vehicule, Paul Morency en fait l’objet de sa these de doctorat en 1inguistique, qu’il depose a l’Universite Laval en 1998 sous le titre: Le message cooperatif dans le Catechisme des caisses populaires Desjardins; analyse semiotique d’un texte fondateur. La qualite de sa recherche incite apres coup les editions du Septentrion a en publier l’essentiel en l’an 2000, qui coincide d’ailleurs avec le centieme anniversaire de fondation de la premiere caisse populaire a Levis.

L’analyse de Morency poursuit trois objectifs :– [much less than] dire quel est et comment s’exprime ce message cooperatif des premiers propagandistes, tel qu’il figure dans le premier Catechisme des caisses populaires […], decrire la situation et le contexte de production du Catechisme des caisses populaires […], degager la structure ou la configuration semiotique du message cooperatif [much greater than]. Pour ce faire, apres un long avant-propos qui fait office d’introduction generale, il divise son ouvrage en trois parties principales.

Dans la premiere, intitulee La goutte d’eau et l’ocean (Le sou et le capital), il examine particulierement la place reservee au [much less than] sou [much greater than] dans le Catechisme des caisses populaires. Il demontre qu’on lui confere une valeur presque sacree. Utilisant la comparaison avec les gouttes d’eau qui forment l’ocean, le catechisme rappelle que [much less than] ce sont les sous qui font les piastres [much greater than] et que c’est a partir des sous que l’on peut creer un capital [much less than] pouvant accomplir des prodiges [much greater than] dans la communaute. Cette importance accordee au sou est d’ailleurs un bon moyen pour susciter un large interet dans la population. Comme le fait remarquer Morency, [much less than] grace a ce denominateur commun, a ce sou que tout le monde possede, qui peut echapper au message et pretendre qu’il ne le concerne pas? Il est fort a parier, au contraire, que le sou reussisse le tour de force d’eveiller l’attention tant de l’epargnant que du depensier et de susciter leur interet pour la suite de l’argumentation [much greater than]. Or, dans la suite de l’argumentation, l’un des elements que l’on veut particulierement promouvoir est la pratique de l’epargne, que l’on drige d’ailleurs en vertu. Dans le cas des caisses scolaires, fondees a l’epoque d’Alphonse Desjardins, l’epargne du sou est fondamentale et sert a promouvoir une certaine forme de comportement. Ainsi, dans le catechisme, on explique qu’ [much less than] un enfant qui saura epargner un sou, se priver d’un jouet, saura plus tard dpargner les piastres, se priver de bien des plaisirs plus ou moins condamnables ou deplorables [much greater than]. Dans le cas des adultes, le vertu de l’epargne est presentee comme un moyen pour combattre notamment I’intemperance, le luxe et meme le theatre.

La seconde partie est intitulee La mouche a patate et le loup affame (l’usure). Apres avoir evoqud la doctrine de l’Eglise catholique en matiere d’usure ainsi que le discours du clerge quebecois sur cette question, Morency analyse la [much greater than] rhetorique cooperative sur l’usure devorante [much greater than]. Rappelant quelques stereotypes populaires pour representer l’usurier, dont celui du personnage de Seraphin Poudrier, il demontre comment on en vient, dans le Catechisme mais aussi dans d’autres textes de l’abbe Grondin, a associer l’usure aux Juifs et a faire preuve d’un certain antisemitisme. Morency a toutefois la sagesse de bien situer cette attitude dans le contexte historique de l’epoque. Il en vient neanmoins a se demander si cette emphase sur l’usure n’est pas deliberement exageree afin de favoriser la propagation des idees cooperatives et va jusqu’a affirmer que [much less than] les oiseaux de proie et les loups affames du Catechisme, les victimes qu’ils attaquent et devorent, ne serven t qu’a amenager rhetoriquement une scene, celle du Mal, ou se decouperont plus nettement le Bien et les bienfaits de la cooperation, de ‘l’aeuvre economique’ [much greater than]. Il conclut, quelques pages plus loin, que [much less than] c’est le discours moral et theologique sur l’usure qui fournit au mouvement et au message cooperatifs leurs reperes et leurs assises [much greater than], ajoutant que [much less than] l’usure, l’usurier, la capitaliste, le Juif, le franc-macon, le Juif franc-macon et le complot deviennent les faire valoir de l’humble sou, de la charite entre freres, des epargnistes, de la caisse populaire, de la cooperation, de l’aeuvre economique et liberatrice [much greater than].

La troisieme et derniere partie, intitulee L’humble chapelle et l’immense basilique (la caisse), porte sur la caisse populaire elle-meme. Morency analyse d’abord comment, en s’appuyant sur un discours qu’il qualifie d’agriculturiste, le message cooperatif reinvente la paroisse traditionnelle comme lieu d’enracinement de la caisse populaire. Puis, il examine ce que signifie la comparaison faite dans le Catechisme entre l’humble chapelle, etablie dans chaque petit village, et in petite caisse populaire qui devrait aussi s’y retrouver, l’une n’allant pratiquement plus sans l’autre. Enfin, il presente comment on en vient a prolonger le concept de la famille vers celui plus large de [much less than] famille paroissiale [much greater than], dans lequel la caisse joue un role preponderant et dont l’objectif serait de contribuer a construire une communaute ou les valeurs cooperatives seraient dominantes, une sorte de [much less than] royaume cooperatif [much greater than] ou, s’il adhere a la caisse, l’epargnant aur a certes une meilleure vie sur terre mais preparera surtout son entree au [much less than] Royaume des cieux [much greater than].

Dans l’ensemble, l’analyse de Morency est fort interessante et apporte un eclairage nouveau, non seulement sur la premiere edition du catechisme des caisses populaires mais aussi, voire surtout, sur l’argumentaire utilise pour faire la promotion des caisses et de I’ideal cooperatif au debut du siecle. L’influence de l’ultramontanisme y est notamment tres bien demontree. L’une des principales qualites de cet ouvrage est de constamment replacer les choses dans leur contexte historique, ce qui permet de les apprecier avec une juste perspective. Malgre cela, on peut neanmoins questionner certaines affirmations de Morency, comme celle a l’effet qu’Alphonse Desjardins etait [much les than] agriculturiste [much greater than]. Ainsi, apres voir bien presente la signification donnee a cette expression par l’historien Michel Brunet mais n’avoir evoque que brievement les nuances qu’ont apportees apres coup d’autres auteurs (G. Dussault et F. Roy), il ne dit pas a quelle definition de ce concept il se rattache pour qual ifier Desjardins d’ [much less than]agriculturiste[much greater than]. D’ailleurs, il fournit lui-meme des arguments qui viennent nuancer fortement son affirmation lorsque, par exemple, il rappelle qu’Alphonse Desjardins a fonde plusieurs caisses en milieu urbain, dont la premiere a Levis, ce qui cadre plutot mal avec une philosophie glorifiant la vie rurale par rapport a la vie urbaine. Enfin, malgre un petit irritant quant a l’emplacement des notes, qui ne sont ni en bas de page, ni en fin de chapitre ou en fin de volume mais plutot en fin de partie, ce qui les rend difficiles a trouver, on ne peut que feliciter les editions du Septentrion d’avoir permis une diffusion plus large a cette recherche des plus interessante.

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