Une reexamination du terme “certains” dans une perspective developpementale

Le syllogisme categorique: une reexamination du terme “certains” dans une perspective developpementale

Deret, Dominique

Resume. L’une des principales sources d’erreur dans le raisonnement categorique est l’interpretation pragmatique selon laquelle les quantificateurs “Certains “et “Certains ne… pas” signifient “Certains mais pas tous” et sont donc equivalents pour les individus (Begg & Harris, 1982; Politzer, 1990). A la lueur d’un nouveau paradigme, le “Jugement de compatibilite” (Deret, 1995, 1998) adapte et applique a une tache de type “Inference immediate”, nous avons etudie dans une perspective developpementale chez des participants de 10 ans a l’age adulte (N = 326), le statut des quantificateurs “Certains” et “Certains ne… pas”. Les resultats ont montre que l’interpretation pragmatique “Certains” equivalant a “Certains ne… pas” (et reciproquement) apparait preeminente a partir de 14 ans (70% des reponses) pour devenir dominante a l’age adulte (90%). Elle est peu observee a 10 ans (16% des reponses), ce qui pose chez l’enfant les limites de l’approche pragmatique de “Certains” basee sur la seule notion de “Certains mais pas tous”.

En psychologie experimentale, l’etude du raisonnement categorique s’est principalement effectuee a partir de deux grands paradigmes: les inferences sur deux premisses (Chapman & Chapman, 1959; Deret, 1995; Dickstein, 1978; Johnson-Laird & Bara, 1984; Politzer, 1988; Roberge, 1970; Woodworth & Sells, 1935) et les inferences immediates qui portent sur des premisses simples (Begg & Harris, 1982; Newstead, 1989, 1995; Newstead & Griggs, 1983; Politzer, 1991a). Les inferences sur deux premisses, plus aisement denommees syllogismes categoriques, impliquent des relations concernant les quantificateurs “Tous”, “Certains”, “Aucun”, “Certains ne… pas”. Une proposition categorique est caracterisee par sa quantite Universelle (Tous, Aucun) ou Particuliere (Certains, Certains… ne pas) et par sa qualite Affirmative (Tous sont, Certains sont) ou Negative (Aucun n’est, Certains ne sont pas). En combinant quantite et qualite, nous obtenons quatre types de propositions categoriques qui decrivent les relations entre deux ensembles ou deux categories de choses:

(A) Affirmative Universelle. Par exemple, “Tous les s sont P”;

(I) Negative Universelle. Par exemple, “Aucun S n’est P”;

(E) Affirmative Particuliere. Par exemple, “Certains s sont P”;

(O) Negative Particuliere. Par exemple, “Certains s ne sont pas P”.

Les voyelles entre parentheses sont un procede mnemonique traditionnel mis au point par les logiciens de l’epoque medievale pour representer les propositions, et, par extension, la paire de premisses d’un syllogisme. Les lettres A et I sont derivees du mot latin AffIrmo et les lettres E et O sont derivees du mot latin nEgO.

Dans les recherches sur les syllogismes categoriques effectuees dans le domaine de la psychologie du raisonnement deductif (Chapman & Chapman, 1959; Deret, 1995, 1998; Dickstein, 1978; Johnson-Laird & Bara, 1984; Politzer, 1988; Roberge, 1970; Woodworth & Sells, 1935), l’information communiquee aux participants est un enonce categorique forme de deux premisses dont chacune peut etre l’une des quatre formes de propositions definies precedemment. Le jugement demande aux participants est appele la conclusion. Chaque proposition categorique (premisses et conclusion) a un “Participant” grammatical auquel est lie la quantite, et un “Predicat” grammatical auquel est lie la qualite. La premisse majeure donne la relation entre le Predicat “P” et le terme moyen “M”, la premisse mineure donne la relation entre le Participant “S” et le moyen terme “M”. La resolution des enonces categoriques necessite la prise en compte de la relation entre le terme extreme et le moyen terme dans la premiere premisse (majeure), et de la relation entre le terme extreme et le moyen terme dans la seconde premisse (mineure). Seuls doivent se retrouver dans la conclusion, les termes extremes (le Participant et le Predicat de la conclusion); le moyen terme en est exclu. L’arrangement de la mineure et de la majeure determine la figure(f.1) du syllogisme. Nous donnons un exemple de syllogisme categonque formel de figure 1 presente avec une conclusion de forme S-P:

Tous les M sont P (majeure) Tous les s sont M (mineure) Tous les s sont P (conclusion)

Moins etudiees dans la litterature categorique que les inferences portant sur deux premisses, les “inferences immediates” qui ne portent que sur une seule proposition categorique (une premisse simple) sont un materiel en mesure de nous renseigner sur l’interpretation des quantificateurs et les erreurs “logiques” engendrees par les participants (Begg & Harris, 1982; Newstead, 1989, 1995; Newstead & Griggs, 1983; Politzer, 1991a). Avant d’introduire les travaux recents sur les inferences immediates, il nous apparait utile de faire un rappel historique en reference a l’interpretation logique des quantificateurs selon Aristote. Bien avant les psychologues du 20[Symbol Not Transcribed] siecle, la logique traditionnelle s’est penchee sur les inferences immediates. Dans sa theorie des syllogismes categoriques, Aristote utilise des variables qui peuvent prendre diverses valeurs. Dans la proposition “Tous les S sont P”, les variables “S” et “P”, le quantificateur “Tous” et la copule “sont” sont des termes constants. Les variables de la proposition sont le Participant (S) et le Predicat (P). Dans l’exemple, “Tous les chats sont gris”, “chats” est le Participant de la proposition, “gris” en est le Predicat (ou l’attribut grammatical). Les quantificateurs pouvant etre Affirmatifs ou Negatifs, et Universels ou Particuliers, Aristote a etudie les relations logiques entre les propositions “Tous les s sont P”, “Aucun S n’est P”, “Certains S sont P” et “Certains s ne sont pas P”). Aristote decele entre ces propositions des rapports logiques qui sous-entendent des raisonnements valides tres elementaires, les inferences immediates, que l’on peut resumer par le “carre logique des oppositions” (figure 1). Nous posons que les quatre propositions ont un meme Participant et un meme Predicat et qu’elles satisfont au presuppose d’existence.

De la lecture du carre des oppositions, il ressort plusieurs points principaux que nous allons resumer. (1) Les contradictoires ne peuvent pas etre vraies ensemble. Si l’une est posee comme vraie, l’autre sera fausse (par ex., Tous les chats sont gris vs Certains chats ne sont pas gris). (2) Les contrains (Tous les chats sont gris vs Aucun chat n’est gris) ne peuvent pas etre vraies ensembles, mais peuvent etre fausse ensemble. (3) De la faussete d’une subcontraire peut etre inferee la verite de l’autre subcontraire (par ex., Certains chats sont gris vs Certains chats ne sont pas gris), mais rien ne peut etre infere de la verite de l’une d’elles (il y a indetermmation). (4) Les subalternes (par ex, Tous les chats sont gris vs Certains chats sont gris) sont vraies ensembles; de la verite de “Tous” peut etre inferee la verite de “Certains”, mais de la verite de “Certains” rien ne peut etre infere sur “Tous” (il y a indetermination). Il existe d’autres deductions non comprises dans le carre des oppositions telle que la conversion qui consiste a echanger Participant et Predicat. Si les conversions de “Certains S sont P” en “Certains P sont s” et de “Aucun S n’est P” en “Aucun P n’est S” sont licites, les conversions de “Tous les s sont P” en “‘Tous les P sont S” et de “Certains S ne sont pas P” en “Certains P ne sont pas S” sont quant a elles illicites.

L’approche psychologique des inferences immediates se demarque de l’approche logique. En reference a l’interpretation erronee des quantificateurs, Begg et Harris (1982) et Politzer (1990, 1991a, 1991b) ont souleve la question de l’informativite des propositions categoriques. Selon Politzer (1986), les psychologues qui ont etudie le raisonnement ont longtemps neglige les facteurs linguistiques et pragmatiques. L’approche pragmatique du raisonnement deductif s’inspire des travaux du philosophe P. Grice (1975) qui suggere que les implications conversationnelles gouvernent les lois du langage dans le cadre de l’echange de la parole. Quatre “maximes de la conversation” ont ete definies par Grice: les maximes de quantite, de qualite, de relation et de maniere. Les maximes de quantite et de pertinence s’appliquent plus particulierement au raisonnement categotique (Politzer, 1991b). Maximes de quantite: (1) “Que votre contribution soit aussi informative que necessaire (pour le but actuel de l’echange)”, (2) “Que votre contribution ne soit pas plus informative que necessaire”. Maxime de relation: “Soyez pertinent”. Nous donnons un exemple d’enonce interprete de facon pragmatique: “Certains des artistes sont des poetes et certains des poetes sont des chanteurs”, le participant en arrive a conclure “Certains des artistes sont des chanteurs”. Cette inference est “logiquement” non valide.

Dans une situation experimentale, le passage des premisses a la conclusion s’effectue a partir d’un ensemble de regles d’inference sense attester des competences logiques du participant. La position de Begg et Harris (1982) et de Politzer (1991b) est que des phenomenes d’ordre linguistique influencent la forme logique originelle de l’enonce. Les participants qui utilisent des regles pragmatiques dans le cadre d’une tache categorique transgressent les regles de la logique. Begg et Harris soulignent que dans une conversation entre deux interlocuteurs, celui qui ecoute a certaines attentes et il s’attend de la personne qui parle a une transmission d’informations des plus completes. En ce qui concerne le cas particulier du quantificateur “Certains”, l’interpretation logique “au moins un et possiblement tous” n’est pas prise en compte dans l’approche pragmatique. Le participant interprete “Certains” comme “Certains mais pas tous”. Il est predit une non-generalisation du particulier a l’universel (Begg & Harris, 1982).

Dans le cadre de l’etude des inferences immediates, plusieurs interpretations psychologiques ont ete formulees pour expliquer les erreurs des participants. (1) La logique traditionnelle (Erickson, 1974; Neimark & Chapman, 1975): les participants raisonnent de facon logique, mais font des interpretations restrictives des quantificateurs “Certains” et “Certains ne… pas” qui engendrent des reponses erronees. (2) La logique subjective (Begg & Harris, 1982): les participants interpretent les quantificateurs “Certains” et “Certains ne… pas” selon des principes pragmatiques qui auraient pour consequence de simplifier le modele logique. Ainsi “Certains” et “Certains ne… pas” impliquent une relation partitive du type “Certains mais pas tous”, “Tous” est interprete de facon distributive et “Aucun” de facon exclusive, ces deux interprerations etant conformes au modele logique. (3) L’analyse linguistique des relations inferentielles entre les propositions categoriques montre l’existence d’implicitations du type “Certains” signifie “Certains mais pas tous” (Politzer, 1991b). Subalternes et subcontraires sont affectees par l’implicitation “Certains mais pas tous”, alors que les contraires et contradictoires non affectees conduisent a des relations logiquement correctes. Les travaux sur les inferences immediates dans une perspective pragmatique ont mene a la formulation de plusieurs hypotheses sur l’evaluation de la conclusion (Politzer, 1991b):

(a) la subaltemation de A (tous) vers I (certains) (par ex., Tous les chats sont gris vs Certains chats sont gris) a laquelle la reponse logique est vrai sera evaluee par faux puisque la conclusion comporte l’implicitation et pas tous qui contredit la premisse tous. Il en va de meme pour l’inference de E vers O;

(b) la subalternation de I vers A (reponse logique indeterminee, par ex., Certains chats sont gris vs Tous les chats sont gris) sera evaluee par faux puisque la premisse comporte une implicitation qui contredit la conclusion, et de meme pour l’inference de O vers E;

(c) la subcontrariete de I (certains) vers O (certains ne… pas) (par ex., Certains chats sont gris vs Certains chats ne sont pas gris) ou de O vers I, a laquelle la reponse logique est indeterminee sera evaluee par vrai puisque l’implicitation produite par l’une est equivalente a l’autre: par exemple, pas tous implicite par I (certains) est equivalent a O (certains ne… pas);

(d) les autres inferences: les contraires A-E et E-A (par ex., Tous les chats sont gris vs Aucun chat n’est gris) ainsi que les contradictions A-O, O-A, E-I, et I-E devraient conduire a des reponses logiquement correctes.

Nous resumons les predictions des approches logique et pragmatique dans le tableau 1.

Inference Approche Quantificateur donnee

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Tous les A Aucun A

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sont B n’est B

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Tous les A logique V F

sont B

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pragmatique V F

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Aucun A logique F V

n’est B

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pragmatique F V

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Certains A logique V F

sont B

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pragmatique F F

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Certains A logique F V

ne sont pas B

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pragmatique F F

Inference Quantificateur donnee

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Certains A sont B Certains A ne sont pas B

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Tous les A I F

sont B

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F F

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Aucun A F I

n’est B

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F F

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Certains A V I

sont B

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V V

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Certains A I V

ne sont pas B

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V V

Note. V = Vrai; F = Faux; I: Indetermination; en gras sont indiquees les predictions divergentes.

Comment verifier experimentalement la part de logique et de pragmatique dans le raisonnement des individus? La principale technique utilisee pour etudier les inferences immediates est de demander aux participants de mettre en correspondance une premisse simple, par exemple les propositions “Tous les S sont P”, “Les S sont des P”, “Tous les S sont tous les P”, “Tous les S sont certains des P” …, avec des cercles d’Euler (Griggs & Warner, 1982; Neimark & Chapman, 1975). La technique des cercles permet de mettre en evidence les cinq relations possibles entre les extensions des deux termes generaux d’une premisse simple: S et P dans nos exemples (figure 2).

L’avantage de la technique des diagrammes geometriques est de permettre de rendre compte des relations logiques entre les termes d’une proposition. Il est a noter neanmoins que la relation d’identite originellement denommee inclusion totale et reciproque (du terme Participant dans le terme Predicat et du terme Predicat dans le terme Participant) est un cas “limite” qui n’avait pas ete introduit par le mathematicien Euler promoteur des diagrammes geometriques (Bochensky, 1961). Les diagrammes geometriques peuvent constituer un paradigme permettant de rendre compte des competences logiques des participants (Neimark & Chapman, 1975). Les reponses sont jugees logiquement correctes lorsque le participant parvient a mettre une proposition categorique en rapport avec l’ensemble des diagrammes euleriens qui lui correspond (figure 2). La proposition “Tous les S sont P” se rapporte aux diagrammes 1 et 2. A la proposition “Aucun S n’est P” n’equivaut que le diagramme 5. “Certains S sont P” correspond aux diagrammes 1, 2, 3 et 4. “Certains S ne sont pas P” est associee aux diagrammes 3, 4 et 5.

La mise en correspondance des premisses simples avec des diagrammes geometriques a pour objectif (1) d’apprehender les competences logiques des participants et/ou (2) d’identifier et de repertorier les erreurs commises. L’analyse des reponses des participants a ete effectuee conjointement a partir de plusieurs theories du raisonnement syllogistique: la conversion des termes (Chapman & Chapman, 1959), l’approche pragmatique adaptee de la theorie de l’implication de Grice (1975), et la theorie des ensembles (Erickson, 1974). Nous donnons les principales predictions de ces theories. (1) La theorie de la conversion predit les quantificateurs “Tous” et “Certains ne… pas” implique de facon illicite leurs converses: par ex., “Tous les S sont P” implique “Tous les P sont S” (diagramme 1, relation d’identite, de la figure 2). (2) L’approche pragmatique (Begg & Harris, 1982; Politzer, 1993) predit une non-generalisation du particulier a l’universel. Par exemple, si la proposition “Certains S sont P” est posee comme vraie, alors elle implique logiquement que “Tous les s sont P” (diagrammes 3 et 4 sont choisis mais aussi les diagrammes 1 et 2); dans le cadre d’une interpretation pragmatique, seuls les diagrammes 3 et 4 seront retenus; les diagrammes 1 et 2 de la figure 2 (generalisation du particulier a l’universel) ne seront pas choisis. L’approche pragmatique predit une interpretation de “Certains” et “Certains ne… pas” de facon similaire (diagramme 4 de la figure 2). (3) La theorie des ensembles pose que les participants ont une representation des premisses simples sous la forme de cercles; les erreurs logeques sont expliquees par la non-prise en consideration par les participants de l’ensemble des combinaisons, les participants choisissant, pour une premisse simple donnee, une seule representation (Erickson, 1974).

Les principaux resultats observes (Begg & Harris, 1982; Griggs & Warner, 1983; Neimark & Chapman, 1975) indiquent que: (1) la majorite des participants adultes choisissent pour l’enonce universel “Tous les S sont P” les representations correctes qui sont conjointement l’identite et l’inclusion. La conversion illicite des termes (Newstead, 1989) s’observe pour “Tous” (choix du diagramme 1) chez 20% des participants. Elle est beaucoup moins preeminente pour “Certains ne… pas” (5% des participants); (2) la majorite des participants adultes retiennent pour l’enonce universel “Aucun S n’est P” la representation correcte “Exclusion”; (3) les propositions particulieres posent de serieuses difficultes: les participants procedent rarement pour un enonce particulier donne a une generalisation du particulier a l’universel (“Certains” [Symbol Not Transcribed] “Tous”, et “Certains ne… pas” [Symbol Not Transcribed] “Aucun”). En depit de la precision (logique!) deliberement donnee par l’experimentateur aux participants dans la consigne experimentale selon laquelle “Certains peut signifier Tous”, seulement 14% des participants dans l’experience de Newstead (1989) procedent a la generalisation “Certains” [Symbol Not Transcribed] “Tous”, et 21% a la generalisation “Certains ne… pas” [Symbol Not Transcribed] “Aucun”; (4) “Certains” et “Certains ne… pas” sont interpretes de facon similaire: la verite de l’un impliquerait la verite de l’autre. Les reponses observees sont principalement conformes au diagramme 4; (5) l’hypothese d’Erickson (1974) selon laquelle les participants ne choisiraient qu’un seul diagramme parmi l’ensemble des combinaisons est contredite par les donnees. Newstead (1989) a montre que les deux tiers des participants choisissent plus d’un diagramme.

Le paradigme base sur les cercles d’Euler est-il adapte a l’etude des inferences immediates? Cette question a ete soulevee par Newstead (1989). Begg et Harris (1982), Newstead et Griggs (1983), Newstead (1989, 1995) utilisent des techniques ne faisant pas (uniquement) appel a des diagrammes. Selon une condition ecrite, il est presente aux participants une premisse simple conjointement avec les quatre propositions quantifiees et leurs converses (soit huit propositions au total). Il est demande au participant d’indiquer si les huit propositions sont necessairement vraies en regard de la premisse simple qui est presentee comme vraie. Les participants doivent repondre vrai ou faux. Dans certaines taches, il y a adjonction de l’option “indetemaination”. Par convenance personnelle nous denommons ce type de tache “appariement”. La tache a partir des diagrammes d’Euler est appelee “cercles”.

Newstead (1989) fait remarquer que les erreurs de conversion sont plus frequentes dans les taches “appariement” que dans les fiches “cercles”. La question centrale posee par l’auteur est la suivante: “Ces deux taches mesurent-elles les memes competences?” L’etude de Newstead (1989) est tres interessante dans la mesure ou l’auteur a fait passer a des participants adultes conjointement une tache de type “cercles” et une tache de type “appariement”. Si des reponses comparables sont observees pour des premisses simples identiques dans les deux taches, alors on peut avancer qu’effectivement des memes competences sont mesurees. Au vu des resultats, des taches “appariement” et “cercles” ayant ete passees par des memes participants, il s’avere qu’il n’y a pas de correlation entre les reponses des participants aux deux taches. La tache “appariement” permet de rendre compte des conversions illicites (“Tous” et “Certains ne… pas”), ce que ne peut la tache “cercles”. De plus, dans la tache “appariement”, plus de 80% des participants generalisent l’universel au particulier (Newstead, 1989; Newstead & Griggs, 1983), ce qui est en contradiction avec les predictions “pragmatiques” de Politzer (1991b). Ce type de generalisation peut s’expliquer par le fait que dans le paradigme “appariement” il est indique que “Certains” peut etre interprete dans le sens logique “Tous”. La generalisation du particulier a l’universel n’est-elle pas induite par les consignes?

Notre objectif est d’etudier les inferences immediates en palliant aux faiblesses des paradigmes presentes: (1) la tache “cercles” apparait mal adaptee polit l’etude des inferences immediates. Il n’est en rien evident que le participant construit des modeles sous la forme de cercles geometriques (Johnson-Laird & Byrne, 1991); (2) dans le cas de la tache “appariement”, il est demande au participant de juger de la verite de premisses simples (les quatre quantificateurs et leur quatre converses) en regard d’une premisse simple donnee. Comment le participant procede-t-il? Pour etudier les quantificateurs, nous avons developpe un nouveau paradigme dit de “Compafibilite immediate”, qui a ete adapte d’un paradigme introduit par Deret (1995, 1998), le “Jugement de compatibilite”. Dans le cadre de la “Compatibilite immediate”, deux premisses ayant meme Participant et meme Predicat sont presentees: par exemple “Certains R sont L, Certains R ne sont pas L”. Nous demandons aux participants si les deux propositions sont compatibles entre elles. Notre recherche a ete motivee egalement par l’introduction de la composante genetique. Les travaux sur les “Inferences immediates” dans une perspective developpementale sont extremement rares. Citons l’etude de Neimark & Chapman (1975) effectuee aupres de groupes d’age s’echelonnant de 12 ans a 18 ans a parti d’un materiel de type “certes d’Euler”. Les auteurs ont montre que plus de 70% des participants de 12 a 18 ans jugent le statut “Certains A sont B et Certains B ne sont pas A” comme etant le chevauchement de deux cercles (cf. figure 2, diagramme 4). Il en est de meme pour le statut “Certains A ne sont pas B et Certains B sont A”. Ces interpretations sont logiquement non valides et s’inscrivent tout a fait dans une perspective pragmatique. Les participants ne choisissent pas les diagrammes “inclusion” dans le premier cas et “sur-ensemble” dans le second cas car ils ne prennent pas en consideration le caractere universel de “Certains”. Nous sommes dans le cadre d’une interpretation “Certains mais pas tous”.

Un de nos objectifs est de verifier si, d’un point de vue genetique, les quantificateurs “Certains” et “Certains ne… pas” sont interpretes de facon similaire. “Certains”, d’un point de vue logique, est un quantificateur qui signifie “au moins un (et possiblement tous)”. Nous avons choisi d’experimenter chez des enfants de 10 ans a l’age adulte. Chez l’adulte, les travaux de Newstead (1989) a partir d’un materiel non spatial de type questionnaire “vrai-faux” montrent que pour 93% des participants, la verite de “Certains S sont P” implique la verite de “Certains ne sont pas P”. Reciproquement, pour 83% des participants, la verite de “Certains ne sont pas P” implique la verite de “Certains S sont P”. Newstead et Griggs (1983), a une tache d’inference immediate (questionnaire “vrai-faux”), observent que 95% des participants admettent qu’il est possible de deduire “Certains ne… pas” de “Certains”, et 88% “Certains” de “Certains ne… pas”. Politzer (1990, 1991a) a teste chez l’adulte les predictions de l’approche pragmatique avec un taux de reponses predites et observees chez l’adulte superieur a 80% (son materiel est plus thematique que celui, abstrait, utilise traditionnellement dans ce genre d’etude). Ces resultats sont massifs chez l’adulte et l’adolescent, mais nous n’avons pas de donnees dans la litterature sur l’enfant. L’approche pragmatique ne formulant aucune hypothese genetique, les facteurs pragmatiques influencant le raisonnement de l’enfant pour les enonces I-O et O-I sont-ils de meme nature que chez l’adolescent et l’adulte?

Methode

Participants

Trois-cent vingt-six participants de langue maternelle francaise (N = 326) repartis en neuf groupes ont ete interroges: 10 ans (N = 40) en classe de cours moyen deuxieme annee (niveau primaire), 11 ans (N = 30) en classe de sixieme (college, niveau secondaire), 12 ans (N = 42) en classe de cinquieme (college, niveau secondaire), 13 ans (N = 42) en classe de quatrieme (college, niveau secondaire), 14 ans (N = 26) en classe de troisieme (college, niveau secondaire), 15 ans (N = 31) en classe de seconde (lycee, niveau secondaire), 16 ans (N = 37) en classe de premiere (lycee, niveau secondaire), 17 ans (N = 38) en classe de terminale (lycee, niveau secondaire), et adultes en deuxieme annee de Diplome d’Enseignement Universitaire General(f.2) (DEUG) (N = 40; moyenne d’age 28 ans). Les participants adultes sont etudiants a l’Universite Paris VIII. Ils ont un niveau baccalaureat. Tous les enfants et adolescents sont scolarises dans une ecole, un college et un lycee de la region parisienne (France) d’une meme zone d’education. Pour chaque groupe, la variable sexe a ete contrebalancee. Avant la passation, nous nous sommes assures que les participants n’avaient aucune formation en logique.

Materiel

Huit enonces de la forme “S-P” (proposition 1) et “S-P” (proposition 2) sont proposes: I-O, O-I, A-E, E-A, E-I, I-E, A-O, O-A. Seuls les enonces I-O et O-I ont ete etudies. Nous avons presente d’autres enonces pour eviter les effets de centration sur les seules informations “Certains” et “Certains ne… pas”. Le materiel abstrait utilise est compose de lettres de l’alphabet (des consonnes). Par exemple (enonce I-O):

Certains L sont P Certains L ne sont pas P

La consigne donnee aux participants est de juger de la compatibilite des deux propositions categoriques entre elles: “si les deux phrases vont bien ensemble”. Les participants repondent soit par l’affirmative (elles sont compatibles), soit par la negative (elles sont incompatibles). Les reponses de type “indetermination” conformes au modele logique sont acceptees. Une justification ecrite des reponses est demandee. En cela nous voulions controler l’utilisation (ou non) de figures geometriques dans la resolution des enonces simples et la nature des justifications des participants pour identifier eventuellement leur caractere “pragmatique” ou “logique”. Chaque participant a ete interroge individuellement. Les conditions de passation sont identiques: le participant est examine sur son lieu de scolarisation dans une piece isolee et au calme. Il est assis a une table avec en face de lui l’experimentateur. Aucune limite de temps n’est imposee. Le materiel a ete presente selon un ordre different pour chaque participant. Apres avoir repondu a un enonce, le participant ne peut revenir en amere.

Notre analyse ne porte que sur les enonces I-O et O-I. En reference aux donnees de la litterature chez l’adulte (Newstead, 1989; Politzer, 1991a) et chez l’enfant de 12 ans a l’adolescent de 17 ans (Neimark & Chapman, 1975), la frequence des jugements de compatibilite (perspective pragmatique) a tous les ages devrait etre superieure a la frequence des jugements d’incompatibilite. Qu’en est-il chez l’enfant de 10 ans?

Resultats

Les resultats obtenus a partir du questionnaire de “Compatibilite immediate” sont presentes dans la figure 3. Nous donnons les pourcentages de reponses “Compatibles” qui sont conformes aux predictions de l’approche pragmatique des quantificateurs. Les reponses de type “indetermination” sont tres peu observees (moins de 0,3% de l’ensemble des reponses).

L’etude porte sur les enonces “I-O” et “O-I” passes par de memes participants. L’analyse statistique montre que les participants qui jugent compatibles “I et O” jugent egalement compatibles “O et I” (test du McNemar X[Symbol Not Transcribed] p > .05). L’ordre de presentation des propositions (I-O ou O-I) n’a pas d’influence sur les reponses des participants. Comme predit par Begg et Harris (1982), Newstead (1989) et Politzer (1991a), les participants adultes interpretent “Certains” comme equivalent a “Certains ne… pas” (et reciproquement). Il ressort de la figure 3 que les pourcentages de reponses “compatibles” augmentent de facon lineaire. L’analyse statistique des reponses des participants (test du [Symbol Not Transcribed] independant a p

Discussion

La reexamination des rapports de subcontrariete (I vers O, et O vers I) a la lueur d’un nouveau paradigme et dans une perspective developpementale, nous a permis de montrer les limites des interpretations: l’implicitation “Certains mais pas tous” et les equivalences entre “Certains” et “Certains ne… pas”. Si dans la “Compatibilite immediate”, les resultats obtenus confortent ceux de la litterature chez l’adulte et l’adolescent de 15 ans a 17 ans dans le cadre de l’Inference immediate” (Neimark & Chapman, 1975), l’interpretation des reponses des participants les plus jeunes dans la perspective pragmatique comme definie par Politzer n’est pas satisfaisante. La preeminence des reponses de nature pragmatique n’est sensible qu’a partir de 14 ans, age ou l’on observe que 67% des participants acceptent l’equivalence I-O (nous sommes au-dessus du seuil des reponses possiblement donnees au hasard). A 10 ans, l’equivalence entre I et O est massivement rejetee (ce qui n’est pas predit par l’approche pragmatique), alors qu’entre 11 et 13 ans, l’equivalence n’est acceptee que par 50% des participants (on ne peut postuler a ces ages sur la preeminence du facteur pragmatique). Neanmoins, l’evolution progressive des reponses de type “compatibilite” (16% a 10 ans et 90% chez l’adulte) irait dans le sens d’une mise en place progressive d’un raisonnement base sur l’implicitation “Certains” [Symbol Not Transcribed] “… et pas tous” qui contredirait la premisse “Tous”.

L’ensemble des resultats temoignent d’une reelle evolution dans l’interpretation pragmatique du quantificateur “Certains” qui n’est pas prise en compte dans la litterature (Neimark & Chapman, 1975; Politzer, 1991a). Avant 14 ans, les jugements des participants ne semblent pas reposer obligatoirement sur l’equivalence entre “Certains…” et “Certains ne … pas”, mais sur un principe d’opposition entre les qualites des deux quantificateurs. Selon nous, pour expliquer les reponses des participants de 10 ans a 14 ans, nous devons proceder a une analyse linguistique differente de celle proposee par Politzer (1991b). Les propositions categoriques sont attributives: a un “Participant” est attribue une qualite (Predicat). La proposition “Certains sont…” possede une qualite positive, alors que la qualite de la proposition “Certains ne sont pas”, negative. Ce jugement d’incompatibilite a partir de la qualite ressort assez nettement de l’examen des justifications des participants (non presentees dans cette recherche). Ce principe d’opposition sur la base de la “qualite” est un principe psycholinguistique (Deret, 1995, 1998) qui peut etre qualifie de linguistique et pragmatique meme s’il ne correspond pas a la definition classique de Politzer. A partir de 11/12 ans, le principe pragmatique “Certains mais pas tous” s’affirme progressivement en prenant le pas vers 14 ans sur le principe psycholinguistique d’opposition. Il existe bien une evolution pragmatique des rapports de subcontrariete que les auteurs se doivent de prendre en compte dans la mesure ou le principe de conversion de “O en I” est un principe qui a ete integre dans des modeles elabores pour rendre compte du raisonnement des participants (presque exclusivement adultes) dans le cadre de taches de nature categorique (Politzer, 1988, 1993).

Dans le cadre du raisonnement portant sur des premisses simples, l’approche pragmatique “elargie” nous apparait adaptee pour rendre compte des reponses des participants. Si l’on considere l’interpretation pragmatique des quantificateurs “Certains” et “Certains ne… pas”, il s’avere qu’ils sont equivalents pour les participants adultes qui leur assignent une interpretation de type “Certains mais pas tous” (la non-generalisation du particulier a l’universel). L’interpretation pragmatique des quantificateurs I et O a pu etre affinee, “Certains” impliquant “moins de la moitie” (Begg, 1987).

Nous avons pose comme principe de base du raisonnement categorique des facteurs psycholinguistiques, mais qu’elle serait la part du raisonnement logique? Le participant confronte a une tache “logique” raisonne-t-il de facon logique? En rejetant l’idee d’un raisonnement “tout logique”, nous posons l’alternative: (1) le participant raisonne logiquement mais l’approche pragmatique permet d’expliquer ses erreurs, ou (2) le participant raisonne d’une toute autre maniere (nous pensons par exemple a l’approche des modeles mentaux de Johnson-Laird et Byrne, 1991). L’approche logique du raisonnement montre certaines limites: (1) donner une reponse conforme au modele logique n’implique pas obligatoirement l’existence de processus cognitifs par definition d’essence logique; (2) l’observation d’erreurs logiques systematiques, que ce soit dans des taches a doubles premisses et a simple premisse, ne plaide pas en la faveur d’un modele purement logique du raisonnement; (3) au modele logique comme modele rendant compte des raisonnements des participants, peuvent se substituer des modeles beaucoup plus performants d’un point de vue predictif, le modele psycholinguistique (Politzer, 1988, 1993), les modeles mentaux (Johnson-Laird & Bara, 1984), le modele dyadique (Deret, 1995). Le modele dyadique repose sur un mode de composition deux a deux de l’information contenue dans les enonces: la composante psycholinguistique globale qui prend en compte la quantite et la qualite des quantificateurs. Selon les principes de base du modele, les individus se referent a deux types de connaissances: des connaissances generales liees aux relations initiales entre les propositions des enonces categoriques (la composante psycholinguistique globale) et des connaissances inferees qui concernent les relations construites a partir des connaissances generales et des caracteristiques de la situation experimentale. S’il y a compatibilite entre les connaissances generales et les connaissances inferees, les participants effectueront un jugement de compatibilite; s’il y a incompatibilite entre ces deux types de connaissances, il y aura jugement d’incompatibilite.

Autant le “modele” logique repose sur des principes codifies, autant l’approche pragmatique du raisonnement categorique souffre, selon nous, d’un manque d’homogeneite. Dans les travaux que nous avons cites en reference a l’interpretation pragmatique des quantificateurs, nous avons pu noter certaines reserves chez la plupart des auteurs: les participants raisonneraient logiquement mais effectueraient des erreurs non predites. Cette position est celle defendue par Henle (1962) qui considere que les erreurs de raisonnement dans le domaine deductif refletent le plus souvent chez le participant une interpretation ou une representation erronee des premisses (“a failure to accept the logical task”). L’auteur a demande a des participants d’evaluer l’adequation logique de syllogismes representant des situations de tous les jours. Selon Henle, l’analyse des erreurs montre que celles-ci ne sont pas imputables a une violation des regles qui gouvernent les syllogismes categoriques mais a une interpretation erronee de la tache. Par exemple, la reformulation d’une premisse ou l’introduction d’une information supplementaire sont des sources possibles, voire non negligeables d’erreurs. Autrement dit, les participants resoudraient des enonces qui ne sont pas ceux definis par l’experimentateur. Neimark et Chapman (1975), dans le cadre des inferences immediates, confortent les propos de Henle en indiquant dans la conclusion de leur travail que les participants interpretent “Tous” et “Aucun” en accord avec les conventions de la logique, ce qui n’est pas le cas pour “Certains” et “Certains ne… pas”. Les consignes ne sont pas en jeu, mais plutot l’interpretation que font les participants des quantificateurs. Begg et Harris (1982) mentionnent l’existence d’une logique subjective (influencee par des facteurs pragmatiques) comprenant les quantificateurs “Tous”, “Aucun” et “Certains mais pas tous”. Ce souci d’encourager les participants a raisonner logiquement tout en analysant certaines erreurs (les conversions griceennes) dans une perspective pragmatique se retrouve chez Newstead et Griggs (1983) qui demandent aux participants de resoudre “logiquement” des premisses simples. Textuellement, la consigne est: “Your task is to decide whether each of these sentences logically follows from the statement at the top of the page…” (p. 538). Mais quelle representation a le participant d’un raisonnement logique? Cette precision dans la consigne veut-elle dire que l’experimentateur suppose implicitement que le participant a une conception logique des rapports entre les quantificateurs? Les erreurs seraient alors explicitees comme le suggere Henle par une interpretation erronees des premisses. Il conviendrait de recourir plus systematiquement a l’analyse des protocoles des participants pour identifier les parts de “logique”, de “pragmatique” et de “rationalite”. En cela nous faisons reference a Johnson-Laird et Byrne (1993) pour qui l’homme, s’il ne raisonne pas conformement aux principes de la logique, n’en demeure pas moins rationnel: “Our view is that people are rational in principle but fallible in practice” (p. 324). Une des lacons d’apprecier la rationalite de l’homme est l’evaluation de ses capacites a faire des deductions valides. La theorie des modeles mentaux (Johnson-Laird & Byrne, 1991) a le double objectif d’expliquer les competences rationnelles (et leurs limites) des participants, et de rendre compte des performances en tenant compte des erreurs et des niveaux de difficulte des differents enonces.

La question de l’ontogenese du raisonnement deductif et plus particulierement categorique a ete peu abordee (Dias & Harris, 1988; Freeman & Sepahzad, 1987; Johnson-Laird, Oakhill & Bull, 1986; Hawkins, Pea, Glick & Scribner, 1984) et meriterait d’etre developpee: chez l’enfant, quel est le statut des quantificateurs particuliers par rapport aux quantificateurs universels? Comment l’enfant se represente-t-il l’information. negative par rapport a l’information affirmative? Peut-on modeliser le raisonnement des enfants dans le cadre particulier des enonces categoriques? A propos de la question centrale de la rationalite des individus, qui est un debat d’actualite (Evans & Over, 1997), il conviendrait de clarifier le niveau de maitrise logique des participants (nous pensons plus particulierement aux jeunes enfants) et l’influence relative des facteurs pragmatiques. Peut-on egalement considerer un raisonnement en dehors de toute reference a la logique? En cela nous nous referons aux modeles mentaux. Bref, le recours a l’etude du raisonnement, dans une perspective genetique, nous apparait necessaire pour mieux apprehender le raisonnement des participants.

Les techniques “inferentielles” montrent certaines limites dans le cadre de l’etude des premisses simples (par exemple la charge de travail ou le mode de mise en correspondance n’est pas prise en compte dans les paradigmes de type “appariement”, ou le participant doit comparer une premisse simple avec huit autres propositions) d’ou la necessite de recourir a de nouveaux paradigmes tels que la compatibilite immediate. Nous pourrions egalement utiliser un materiel plus thematique (Politzer, 1991b) que formel, ce qui nous permettrait d’etudier la “Compatibilite immediate” chez des enfants. Avant 10 ans, le materiel abstrait montre certaines limites (non-comprehension des consignes). Dans une future recherche, l’option “indetemaination” pourrait etre introduite conjointement aux options “compatibles” et “incompatible”, ainsi que les enonces de type SP (proposition 1) et PS (proposition 2) qui n’ont pas ete pris en compte dans cette recherche. Il conviendrait egalement dans de prochains travaux d’etudier avec le paradigme de “Compatibilite immediate” (toujours dans une perspective developpementale) les rapports de subalternation A-I, I-A, E-O et O-E qui conduisent dans le cadre de l’approche pragmatique a des reponses d’incompatibilite entre les deux propositions.

Adresse de correspondance et tires a part: Dominique Deret, UPRES 2305, U.F.R. de Psychologie, Universite Paris VIII, 2, Rue de la Liberte, 93526 Saint-Denis Cedex 02 France (Courriel: deret@univ-paris8.fr).

Footnotes

(f.1) Il existe quatre figures:

(f.2) En France, le DEUG est un niveau de formation correspondant a la deuxieme annee universitaire apres l’obtention d’un baccalaureat sanctionnant la fin des etudes secondaires (ou lycee).

References

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Acccepte le 14 mars 1998

Summary

Within the field of the experimental psychology of deduction, categorical reasoning has typically been studied in the context of two different paradigms: inferences based on two premises (Chapman & Chapman, 1959; Deret, 1995, 1998; Dickstein, 1978; Johnson-Laird & Bara, 1984; Politzer, 1988; Roberge, 1970; Woodworth & Sells, 1935) and immediate inferences based on a single premise (Begg & Harris, 1982; Newstead, 1989, 1995; Newstead & Griggs, 1983; Politzer, 1991a). The two-premise inferences, better known as syllogistic categories, imply relations concerning the quantifiers “all,” “some,” “none” and “some… hot.” A categorical proposition can be characterized in four different ways: by its universality (“all,” “none”); by its particularity (“some,” “some… not”); by being affirmative (“all are,” “some are”); or by being negative (“none is,” “some are hot”).

In research on categorical reasoning, less attention has been given to immediate inferences, which are based on a single premise (one categorical proposition rather than two). Such immediate inferences (as “All As are Bs”) provide material to help us interpret quantification and logical errors made by research participants in experimental situations. The psychological approach of immediate inferences differs from the approach based on logic, by generating different predictions. According to Politzer (1990, 1991a, 1991b), psychologists studying reasoning have for a long lime neglected linguistic and pragmatic factors. The pragmatic approach to deductive reasoning was inspired by the philosophical writing of Grice (1975), who suggested that, in the framework of speech-exchange, conversational implications control the use of the rules of language. The laws of communication and use of pragmatics impose constraints in terms of informativeness.

One of the main sources of error in categorical reasoning is the pragmatic interpretation by which the quantifiers “some” and “some… hot” are taken to mean “some but hot all” and therefore become equivalent for people (Begg & Harris, 1982; Politzer, 1990). In order to evaluate the new paradigm of “compatible judgment” (Deret, 1995, 1998), as applied to a task involving immediate inference, we studied the meaning of the quantifiers “some” and “some… not” from a developmental perspective using participants from age 10 to adulthood (N = 326).

Reexamining the relations of subcontrariness (“some” towards “some… hot,” and “some… hot” towards “some”) in the light of the new paradigm enables us to identify interpretational limits: the implication “Some but hot all” and the equivalences between “Some” and “Some… not.” While the results concerning “immediate compatibility” confirm those obtained in the research literature on adults and 15-to 17-year-old adolescents in the model of “immediate inference” (Neimark & Chapman, 1975), the interpretation of the responses of younger children in the pragmatic perspective proposed by Politzer is not satisfactory.

Our results show that the pragmatic interpretation of “Some” as equivalent to “Some… not” (and vice versa) appears as the dominant responses from the age of 14 years (67% of the responses), and becomes still more dominant in adulthood (90%). Among 10-year-olds, this interpretation is tardy made (16% of the responses), which fixes the limits of the classical pragmatic approach to “some” based only on its interpretation as “some but not all.” Contrary to the prediction of the pragmatic approach, 10-year-old children completely reject the equivalence between “some” and “some… not.” Between the ages of 11 and 13, in contrast, such equivalence is only accepted by 50% of participants; at this age, one cannot argue that the pragmatic factor is predominant. Yet the progressive evolution of “compatible-type” responses is consistent with the progressive acquisition of reasoning based on the implication “Some” implying “… and not all,” which contradicts the premise “all.” The overall pattern of results demonstrates a real developmental evolution in the pragmatic interpretation of the quantifier “Some,” which has not been taken into account in the research literature. In subsequent research, one needs nevertheless to clarify the level of logical mastery of participants. This is particularly important in the case of young children and the need to use paradigms with semantic content.

Copyright Canadian Psychological Association Dec 1998

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