Le decodage de prototypes emotionnels faciaux

Le decodage de prototypes emotionnels faciaux

Gosselin, Pierre

Le decodage de prototypes emotionnels faciaux

Resume Cette etude examine les propositions theoriques d’Ekman et Friesen (1978a ) et de Wiggers (1982) relatives aux signaux faciaux des emotions. Les prototype s proposes par ces auteurs sont presentes sur diapositives a 74 sujets qui doive nt evaluer l’intensite de l’emotion ou des emotions exprimees par le visage. Les resultats indiquent que la majorite des prototypes etudies, a l’exception de ce ux de la peur et du degout, signalent clairement et specifiquement l’emotion pre dite. L’etude idique aussi que les prototypes signalant la meme emotion ne sont pas equivalents, certains prototypes etant mieux reconnus et plus specifiques qu e d’autres. Quelques prototypes de peur et de surprise, nontamment, se revelent des signaux d’emotions mixtes. Enfin, les resultants indiquent que le niveau de reconnaissance de l’emotion varie selon l’encodeur. Cet effect implique que les differences interindividuelles dan l’anatomie faciale affectent l’interpretation qui est faite de l’expression emotionnelle.

Abstract This study examined the recognition of the facial prototypes comprised in the expressive emotional repertory proposed by Ekman and Friesen (1978a) and by Wiggers (1982). The prototypes were shown to 74 decoders who had to rate the intensity of the emotion or emotions being portrayed. The results indicated that the majority of the prototypes, except those of fear and disgust, clearly signa led the predicted emotion. The various prototypes related to the same emotion we re found to differ in their signal value, some of them being better recognized a nd more specific than others. Some prototypes of fear and disgust were found to signal mixed rather than pure emotions. The results also revealed that the level of recognition of emotional expression varies according to the encoder which su ggests that interindividual differences in facial anatomy influence the percepti on of emotion.

L’un des postulats des theories psychoevolutionnistes est qu’il existe un nombre limite d’emotions, dites emotions fondamentales, qui sont experimees par des pa trons faciaux specifiques (Ekman, 1984; Izard, 1991). Ces patrons faciaux corres pondent a des responses qui surviendraient automatiquement lorsqu’une emotion es t ressentie et joueraient un role important dans la communication des emotions e t dans la regulation des rapports sociaux. Chez l’adulte, ces patrons faciaux ne sont pas toujours observables dans leurversion integrale en raison du controle qui est exerce sur le visage, controle permettant de neutraliser, d’attenuer ou de masquer l’expression naturelle d’une emotion (Ekman, 1993).

La valeur fonctionnelle du canal facial a transmettre de l’information sur les e tats emotionnels est appuyee par de nombreuses etudes (Ekman, 1982; Frijda, 1986 ; Izard & Malatesta, 1987). Les recherches interculturelles, notamment, ont mont re que certaines expressions faciales sont reconnues avec exactitude par les mem bres de diverses cultures (Izard, 1971; Ekman & Friesen 1971; Ekman, Friesen, O’ Sullivan, Chan Diacoyanni-Tarlatzis, Heider, Krause, LeCompte, Pitcairn, Ricci-B itti, Scherer, Tomita & Tzavaras, 1987).

Se fondant sur une analyse des composantes faciales des expressions les mieux re connues sur le plan interculturel, Ekman et Friesen (1978a) ont propose une list e de prototypes faciaux pour la joie, la peur, la colere, la surprise, la triste sse et le degout. Plus recemment, ils rapportaient des donnees leur permettant d e proposer un prototype facial pour le mepris (Ekman & Friesen 1986). Ces protot yes sont decrits a partir d’un systeme de codification des changements d’apparen ce du visage, le Facial Action Coding System (Ekman & Friesen, 1978b). Ce system e distingue 44 composantes faciales de base, appelees unites d’action (UA). Chaq ue unite d’action est definie par les effets qu’elle produit sur des parties spe cifiques du visage (voir le tableau 1).

Les prototypes correspondent a la presence simultanee d’une ou de plusieurs UA q ui peuvent etre presentes a des intensites variables. Pres d’une centaine d’expr essions faciales sont decrites dans ces propositions, une meme emotion pouvant e tre signalee par plusieurs combinaisons d’UA. Par exemple, deux UA sont implique es dans la joie, l’UA 6 et l’UA 12. L’UA 6 a pour effet de relever les joues, de produire une diminution de l’ouverture des yeux et de plisser la peau de la par tie laterale exterieure des yeux. L’UA 12, de son cote, tire la peau des extremi tes de la bouche vers l’exterieur et vers le haut du visage, produisant de la so rte une elongation de la bouche. Selon les auteurs, deux expressions signalent l a joie: la premiere correspond a l’UA 12 et la seconde a la combinaison 6 + 12. La variabilite des expressions differe d’une emotion a l’autre. Dans le cas de l a joie, cette variabilite est plutot faible mais, dans le cas de la peur, de la colere et de la tristesse, cette variabilite est importante. Ainsi, pour la cole re, qui implique 10 UA, les propositions des auteurs comprennent plus d’une tren taine de combinaisons.

A la lumiere de ces propositions, le repertoire facial des emotions apparait com me un repertoire d’une grande richesse. La variete des expressions a l’interieur d’une meme categorie emotionnelle traduirait selon Ekman (1993) les nuances de l’experience subjective d’une emotion. Ainsi, les diverses expressions de la col ere refleteraient des differences que le langage exprime par des termes tels que l’irritation, le mecontentement, la contrariete, la rage, et ainsi de suite.

Au cours des dernieres annees, plusieurs etudes ont examine la reconnaissance de s expressions faisant partie du repertoire d’Ekman et Friesen (Ekman & Friesen, 1986; Ekman et al., 1987; Matsumoto & Ekman, 1989; Wiggers, 1982). Bien que ces etudes rapportent des niveaux generalement eleves de reconnaissance, elles n’ont donne qu’une information partielle sur la valeur du repertoire facial. Premiere ment, ces etudes n’ont porte que sur une petite partie des expressions du repert oire. Deuxiemement, et c’est la la limite la plus importante, les auteurs precis ent rarement quels prototypes particuliers ils ont etudies a l’interieur du repe rtoire. Cette particularite des etudes fait qu’il existe peu de donnees indiquan t le niveau de reconnaissance de chacun des prototypes etudies et qu’il est diff icile de comparer les resultats des differentes etudes. De plus, on ne dispose d ‘aucune information sur l’equivalence des prototypes associes a une meme emotion . Il serait fort interessant de savoir si certains prototypes sont de meilleurs signaux que d’autres.

Troisiemement, les etudes anterieures n’ont pas evalue la purete ou la specifici te des prototypes. Or cette propriete est importante car elle conditionne la cla rte du signal. Dans la mesure ou un prototype est specifique a une emotion, on d evrait s’attendre a ce que les decodeurs percoivent facilement cette emotion et soient peu enclins a en percevoir d’autres. Dans la majorite des etudes anterieu res, la tache de jugement consistait a choisir le terme emotionnel qui correspon d le mieux a l’emotion experimee par le visage. Une telle tache permet d’identif ier l’emotion dominante exprimee par un prototype mais elle ne permet pas d’en e valuer precisement la specificite. Une facon plus appropriee d’etudier cette que stion est d’offrir aux decodeurs l’opportunite de repondre que plusieurs emotion s sont exprimees simultanement. Une tache impliquant l’evaluation de l’intensite de chacune des emotions fondamentales permettrait d’obtenir ce genre d’informat ion.

A notre connaissance, seule l’etude de Wiggers (1982) identifie clairement les p rototypes utilises comme stimuli faciaux. Cet auteur a examine la reconnaissance d’une dizaine des prototypes proposes par ekman et Friesen (1978a) ainsi que de s variantes de ces prototypes. La tache des sujets consistait a identifier, parm i plusieurs categories emotionnelles proposees, celle qui correspondait le mieux a l’expression faciale, puis a lui attribuer une intensite variant de 0 (intens ite nulle) a 5 (intensite extreme). Les resultats montrent que le niveau de reco nnaissance des prototypes de joie, de colere, de surprise et de degout est eleve , que celui de la tristesse est intermediaire et que celui de la peur est faible .

Cette etude fait aussi ressortir deux autres conclusions interessantes. Premiere ment, les resultats indiquent l’existence d’une relation positive entre l’intens ite de certaines composantes faciales et l’intensite accordee a l’emotion. En de uxieme lieu, le niveau de reconnaissance du prototype facial varie, dans certain s cas, en fonction de l’encodeur.

Le premiere objectif de la presente etude est d’examiner l’emotion dominante sig nalee par les prototypes d’Ekman et Friesen (1978a). D’une part, ces proposition s ont rarement fait l’objet d’une evaluation systematique. D’autre part, l’etude de Wiggers (1982) remet en question la valeur des prototypes de peur. Plus prec isement, nous examinerons 27 prototypes proposes par Ekman et Freisen (1978a) et trois variantes de ces prototypes qui sont apparues dans l’etude de Wiggers (19 82) comme d’excellents signaux de joie et de surprise. L’evaluation demandee aux decodeurs consiste a juger l’intensite avec laquelle six emotions fondamentales sont exprimees.

Deuxiemement, nous examinerons si les divers prototypes d’une emotion sont equiv alents. Cette question n’a jamais ete examinee anterieurement. Pourtant, l’exame n de cette question pourrait permettre de mieux decrire les prototypes faciaux. Le principal critere utilise par Ekman et Friesen (1978a) pour identifier les pr ototypes est celui de la reconnaissance panculturelle des expressions faciales. Les prototypes correspondent a des expressions faciales qui sont fortement recon nues par les membres de diverses cultures. Outre cette indication, les auteurs f ournissent peu de details sur les criteres utilises pour distinguer les expressi ons qu’ils considerent comme des prototypes des autres expressions. L’evaluation comparative que nous entreprenons ici permettra de verifier s’il existe des dif ferences entre leurs prototypes quant a leur qualite de signaux emotionnels.

Le troisieme objectif de la presente etude est d’examiner la specificite des pro totypes. A notre connaissance, cette question n’a pas ete examinee anterieuremen t. Notre examen de la reconnaissance des prototypes d’Ekman et Friesen (1978a) n ous conduit a verifier les deux hypotheses suivantes:

Hypothese 1: L’emotion dominante percue par les decodeurs correspondra a l’emoti on predite par les propositions d’Ekman et Friesen (1978a) et de Wiggers (1982).

Hypothese 2: L’intensite accordee a l’emotion predite sera beaucoup plus forte q ue celle attribuee aux emotions non predites.

Cette etude poursuit enfin un quatrieme objectif qui est celui d’examiner l’effe t de l’encodeur sur la reconnaissance de l’emotion. Sur la base de l’etude de Wi ggers (1982), nous formulons une troisieme hypothese:

Hypothese 3: Le facteur Encodeur affectera la reconnaissance de l’emotion domina nte.

METHODE

Sujets

L’echantillon de sujets se compose de 74 etudiants francophones (41 femmes et 33 hommes) de niveau collegial, inscrits a divers programmes d’etude en sciences s ociales. L’age moyen est de 18.7 ans, avec un ecart type de 1.3 ans. Lors du rec rutement, les sujets sont informes qu’il s’agit d’une etude portant sur la recon naissance des emotions.

Materiel

Trente prototypes sont etudies dans la presente etude. De ce nombre, 27 sont des prototypes proposes par Ekman et Friesen (1978a) et trois sont des variantes de leurs prototypes qui sont apparues dans l’etude de Wiggers (1982) comme d’excel lents signaux de joie et de surprise. Les prototypes sont definis selon la nomen clature du Facial Action Coding System (FACS), developpe par Ekman et Friesen (1 978b).

Le FACS est un systeme de codification de l’expression faciale qui repose sur l’ anatomie et le fonctionnement de la musculature du visage. Il comprend 44 unites d’action (UA) qui correspondent a des changements visibles d’apparence du visag e. Chacune des UA est definie par des descriptions verbales des changements d’ap parence et par des illustrations. L’expression du visage a un moment donne peut ainsi etre decrite sous la forme d’une serie d’UA. Bien que le FACS ait ete deve loppe a l’origine pour decrire des expressions faciales dynamiques, il contient aussi des normes pour codifier les expressions statiques. Il est alors necessair e de comparer la photographie montrant l’expression que l’on veut codifier avec une photographie montrant l’expression neutre du visage. Le tableau 1 decrit les principaux changements d’apparence associes aux UA entrant dans la composition des prototypes.

Les 30 prototypes examines dans la presente etude sont decrits au tableau 2 et q uelques exemples sont illustres a la figure 1. Les stimuli, qui correspondent a des diapositives d’expressions faciales, proviennent d’une large collection elab oree par Begin, Kirouac et Dore (1984) qui compte plusieurs centaines d’expressi ons differentes. Pour chacun des 30 prototypes, nous avons selectionne deux expr essions produites par des encodeurs differents. Au total, les expressions de sep t encodeurs differents, dont trois femmes et quatre hommes, ont ete utilisees.

La procedure employee par Begin et al. (1984) pour la production de leurs stimul i faciaux etait la suivante. Onze etudiants universitaires (5 femmes et 6 hommes ) furent recrutes a titre d’encodeurs afin de reproduire plusieurs prototypes de crits par Ekman et Friesen (1978a) ainsi que plusieurs variations de ces prototy pes. Chaque encodeur etait rencontre individuellement par un experimentateur ent raine au FACS. L’experimentateur montrait a l’encodeur une photographie de l’exp ression faciale a reproduire et decrivait verbalement comment produire les mouve ments faciaux impliques dans cette expression. Notons que plusieurs des prototyp es comportaient des variations dans l’intensite de leurs composantes faciales. D isposant d’un miroir, les sujets se pratiquaient ensuite a reproduire le prototy pe recherche. Lorsque l’experimentateur estimait que l’encodeur reussissait a re produire le prototype, l’expression faciale de l’encodeur etait photographiee a deux ou trois reprises et l’on passait ensuite a un autre prototype. Il est impo rtant de preciser qu’aucune reference n’etait faite a des termes emotionnels.

Suite a l’encodage, les expressions faciales obtenues etaient codifiees a l’aide du FACS par deux juges afin de verifier qu’elles correspondaient aux prototypes recherches. Les deux juges avaient au prealable complete avec succes le test d’ aptitude elabore par les auteurs du FACS. Pour reussir ce test, les candidats do ivent atteindre un coefficient d’accord de 70% et plus en rapport avec un groupe de reference reconnu comme des experts du FACS. Le coefficient utilise est celu i de Wexler (1972).

Les juges examinaient chaque expression, la comparaient a l’expression neutre du visage et la codifiaient selon les normes du FACS. Lorsque les deux juges estim aient que l’expression faciale correspondait au prototype recherche, la photogra phie etait retenue. Dans tous les autres cas, la photographie etait rejetee. Tou s les stimuli faisant partie de la collection de Begin, Kirouac et Dore (1984) o nt subi ce test deux fois avant d’etre retenus.

Procedure

Les stimuli faciaux, au nombre de soixante, sont presentes aux sujets sous forme de diapositives projetees sur un ecran de 5′ x 5′. Chaque prototype apparait av ec deux encodeurs differents et la duree de projection des diapositives est de 1 5 secondes. L’ordre de presentation des stimuli est fixe et est etabli par une p rocedure de choix aleatoire.

Un formulaire d’instructions et un formulaire de reponses sont d’abord distribue s, puis le contenu du formulaire d’instructions, decrivant le but de l’etude et la tache de jugement, est lu a haute voix par l’experimentateur. Les sujets sont alors informes qu’il s’agit d’une etude portant sur la perception des emotions. La tache des sujets consiste a identifier l’emotion ou les emotions exprimees s ur la diapositive en attribuant une intensite variant entre zero (emotion absent e) et six (emotion tres forte) a chacune des six emotions suivantes: la joie, la peur, la colere, la surprise, la tristesse et le degout. L’evaluation se fait p ar groupe de 20 a 25 personnes et s’etend sur une periode de 15 minutes.

RESULTATS

L’analyse des resultats portera sur deux aspects differents. Nous examinerons d’ abord dans quelle mesure l’emotion dominante percue par les sujets correspond a celle qui est predite. En second lieu, nous examinerons les reponses d’intensite afin d’evaluer la specificite des prototypes quant a l’emotion qu’ils signalent .

Appreciation de l’emotion dominante

L’emotion dominante correspond a celle qui a recu la plus forte intensite parmi les six emotions dont la presence etait evaluee par les sujets. Dans la mesure o u les propositions examinees sont exactes, l’emotion dominante percue par les su jets devrait correspondre a celle qui est predite. Le tableau 2 montre que le po urcentage moyen de correspondance est eleve pour une fraction substantielle des prototypes mais non pour tous. En fait, il est superieur a 70% pour 17 des 30 pr ototypes. Alors que le niveau de correspondance des prototypes de joie, de coler e, de surprise et de tristesse est generalement eleve, celui des prototypes de p eur et de degout est plus faible. Dans le cas de la peur, aucun des prototypes n ‘a un niveau de correspondance qui depasse 52%. Dans le cas du degout, seulement deux des six prototypes ont un niveau de correspondance egal ou superieur a 67% . Ces faibles pourcentages sont contraires a ce qui etait attendu et remettent e n question la valeur de certains prototypes.

Dans la mesure ou un prototype signale clairement l’emotion attendue, la probabi lite de choisir cette emotion comme emotion dominante devrait etre plus forte qu e celle de ne pas la choisir. Le test t a donc ete utilise afin d’identifier les prototypes pour lesquels le niveau de correspondance etait superieur a 50%. Un seuil de signification de .002 a ete retenu en raison de la repetition des analy ses.

Comme l’indique le tableau 2, 19 des 30 prototypes rencontrent cette condition. Tous les prototypes de joie et de colere rencontrent cette condition ainsi que l a tres grande majorite de ceux de la surprise et de la tristesse. Le prototype 1 + 2 + 5x est le seul parmi ceux de la surprise qui ne rencontre pas cette condi tion. Pour la tristesse, on retrouve aussi un seul prototype qui ne satisfait pa s cette condition. Il s’agit du prototype 11 + 15x. Aucun des prototypes de peur n’a un niveau de correspondance qui est significativement plus eleve que 50%. L ‘effet inverse est meme observe pour trois prototypes associes a cette emotion. On note en effet que les prototypes 1 + 2 + 4 + 5y, 1 + 2 + 5z et 5y + 20y ont u n niveau de correspondance qui est inferieur a 50%. Enfin, dans le cas du degout , seuls les prototypes 9 et 9 + 17 ont un niveau de correspondance significative ment plus eleve que 50%.

L’equivalence des prototypes a ete examinee a l’aide d’une analyse de variance s ur scheme a blocs aleatoires (Prototype) pour chacune des six emotions. Les anal yses indiquent un effet significatif (p

Pour la joie, les prototypes 12y et 6 + 12y sont ceux qui generent les taux de r econnaissance les plus eleves. Ces deux formes de sourire, ou la bouche est ferm ee, sont legerement mieux reconnues que leur equivalent avec la bouche legeremen t ouverte (12y + 25 et 6 + 12y + 25). Deux prototypes de peur sont superieurs au x autres, le 1 + 2 + 4 + 5y + 26 et le 1 + 2 + 4 + 5y + 20y + 26. L’examen de la composition des prototypes suggere que cette superiorite est associee a la pres ence de deux composantes faciales, l’elongation horizontale de la bouche (UA20) et son ouverture (UA26).

Les prototypes de colere, de surprise et de tristesse presentent de leur cote un e forte equivalence. En effet, pour chacune de ces emotions, quatre des cinq pro totypes presentent des niveaux de reconnaissance eleves qui ne different pas les uns des autres mais qui sont superieurs au cinquieme prototype. L’examen de la composition des prototypes indique que la plus faible reconnaissance du prototyp e 4 + 5y + 7 + 10y + 22 + 23 + 25 semble associee a la presence du relevement de la levre superieure (UA10) et de la protusion des levres (UA22). Dans le cas de la surprise, l’examen de la composition des prototypes suggere que l’ouverture de la bouche (UA26) est une constituante importante du signal.

Deux prototypes de degout presentent des niveaux de reconnaissance plus eleves q ue les autres. Il s’agit des prototypes 9 et 9 + 17. L’examen de la composition des prototypes suggere que le plissement de la peau du nez (UA9) est un meilleur signal que le relevement de la levre superieure (UA10). Le rabaissement de la l evre inferieure (UA16) et la faible ouverture de la bouche (UA25), de leur cote, semblent diminuer la qualite du signal. Enfin, le relevement de la peau du ment on (UA17) ne semble pas avoir d’effet sensible sur la reconnaissance du degout.

Afin de verifier si la reconnaissance de l’emotion variait selon l’encodeur, le pourcentage de sujets qui ont choisi l’emotion predite comme emotion dominante a ete calcule pour chaque encodeur separement. Ces pourcentages, presentes au tab leau 2, revelent que l’encodeur a un effet sensible sur la perception de l’emoti on. Dans certains cas, l’ecart des pourcentages entre les deux encodeurs est tre s prononce. Ainsi, pour le prototype 11 + 15x, 72% des sujets ont choisi la tris tesse comme emotion dominante pour l’un des encodeurs alors que le pourcentage e st seulement de 26% pour l’autre encodeur. Un autre exemple frappant est celui d u prototype 9 + 16 + 25. Alors que 93% des sujets ont choisi le degout comme emo tion dominante pour l’un des encodeurs, le pourcentage est de seulement 15% pour l’autre encodeur. Des ecarts sensibles entre les encodeurs se retrouvent a chac une des six emotions.

Le test de McNemar, effectue pour chaque prototype, indique que le facteur encod eur a un effet significatif dans plusieurs instances (p

Specificite des prototypes

La specificite refere a la propriete des prototypes de signaler de facon priorit aire une emotion. Dans l’evaluation faite par les decodeurs, cette propriete doi t se traduire par une intensite plus forte pour l’emotion predite que pour les e motions non predites.

On peut lire au tableau 3 la moyenne des intensites accordees a chacune des six emotions. On remarque d’abord que l’intensite moyenne de l’emotion predite se si tue generalement entre 3 et 4 sur l’echelle de 0 a 6. En fait, l’intensite de l’ emotion predite est egale ou superieure a 3 pour 23 prototypes et on compte troi s autres prototypes pour lesquels cette valeur se situe entre 2 et 3. Les valeur s accordees aux emotions non predites contrastent fortement avec ces premieres v aleurs. Sur les 150 moyennes relatives aux emotions non predites, 131 sont egale s ou inferieures a l’unite et 112 sont egales ou inferieures a 0.5.

L’evaluation de la specificite a ete faite en comparant l’intensite de l’emotion predite avec l’intensite de la plus forte des emotions predite avec l’intensite de la plus forte desemotions non predites (fn.1). Les donnees se rapportant a la meme emotion predite ont ete soumises a une analyse de variance sur scheme fa ctoriel a blocs aleatoires Prediction x Prototype. Le tableau 4 resume les resul tats des six analyses effectuees.

Les analyses montrent un effet significatif (p

Deux des cinq prototypes de peur, le 1 + 2 + 4 + 5Y + 20Y + 26 et le 1 + 2 + 4 + 5y + 26, ont une intensite de l’emotion predite qui est superieure a celle de l ’emotion non predite. Les prototypes 1 + 2 + 4 + 5y et 5y + 20y apparaissent pou r leur part comme des signaux d’emotions mixtes. Pour ces deux prototypes, l’int ensite accordee a la surprise est egale a celle de la peur. Quant au prototype 1 + 2 + 5z, il est percu comme etant davantage un signal de surprise que de peur. Dans ce dernier cas, l’intensite de la peur est inferieure a celle de la surpri se.

Quatre des six prototypes de degout ont une intensite de l’emotion predite plus forte que celle de l’emotion non predite. Il s’agit des prototypes 9, 10y, 9 + 1 7 et 10y + 17. Les prototypes 9 + 16 + 25 et 10y + 16 + 25 sont pour leur part p ercus comme des signaux d’emotions mixtes, I’intensite de la colere etant egale a celle du degout.

L’analyse des interactions Prediction x Prototype indique aussi des differences liees au facteur Prototype en ce qui regarde l’intensite de l’emotion non predit e dans le cas de toutes les emotions, a l’exception de la joie. Precisons ici qu e la specificite d’un prototype s’exprime par une faible intensite de l’emotion non predite. Le test de comparaisons multiples de Scheffe (p

Discussion

Le premier objectif de l’etude etait de verifier la reconnaissance des prototype s faciaux proposes par Ekman et Friesen (1978a) et de certaines variantes de ces prototypes proposees par Wiggers (1982). Les resultats ayant trait a l’emotion deminante confirment la valeur de la majorite des prototypes proposes par Ekman et Friesen (1978a) et des trois variantes de prototypes proposees par Wiggers (1 982). Tous les prototypes de joie et de colere examines dans cette etude apparai ssent signaler clairement l’emotion predite. La grande majorite des prototypes d e surprise et de tristesse signalent aussi clairement l’emotion predite. Cependa nt, les prototypes de peur et de degout ne recoivent qu’une confirmation tres pa rtielle. Aucun des prototypes de peur que nous avons examines ne genere un fort pourcentage de reponses de peur comme emotion dominante. Bien que deux prototype s de peur, le 1 + 2 + 4 + 5y + 26 et le 1 + 2 + 4 + 5y + 20y + 26, soient superi eurs aux autres, leur niveau de reconnaissance demeure relativement faible. Quan t au degout, seulement deux des six prototypes examines generent de forts pource ntages de reponses de degout comme emotion dominante. Il s’agit des prototypes 9 et 9 + 17. Deux autres prototypes, le 10y et le 10y + 17, sont aussi percus com me des signaux de degout mais leur niveau de reconnaissance n’est pas eleve.

Le deuxieme objectif etait d’evaluer l’equivalence des prototypes se rapportant a la meme emotion. Nos resultats indiquent a cet egard que les prototypes etudie s ne sont pas tous equivalents. Certains prototypes signalent mieux l’emotion pr edite que d’autres. Nos resultats soulevent ici une question sur les proposition s d’Ekman et Friesen (1978a). Le fait que certaines expressions faciales soient mieux reconnues que d’autres conduit a penser qu’elles meritent davantage la den omination de prototypes que d’autres expressions. En ce sens, le repertoire d’Ek man et Friesen (1978a) apparait plus comme une approximation que comme une ident ification precise des prototypes. Nos resultats fournissent des informations uti les a une meilleure description des prototypes. Il serait necessaire, cependant, d’etudier une plus grande variete decombinaisons d’UA afin de voir si des nive aux de reconnaissance encore plus eleves peuvent etre obtenus.

Le troisieme objectif de l’etude etait d’evaluer la specificite des prototypes. Cette qualite etait definie comme la superiorite de l’emotion predite comparativ ement a l’emotion non predite la plus intense. Les resultats relatifs a cette qu estion indiquent que tous les prototypes de joie, de colere, de surprise et de t ristesse sont specifiques a l’emotion predite. Quatre des six prototypes de dego ut sont specifiques au degout. Les deux autres prototypes de degout apparaissent comme des signaux mixtes de degout et de colere. Seulement deux des cinq protot ypes de peur sont specifiques a la peur. Deux autres prototypes de peur apparais sent de leur cote comme des signaux mixtes de peur, de surprise et de tristesse. Enfin, un cinquieme prototype, le 1 + 2 + 5z, est specifique a la surprise et n on a la peur.

Les resultats relatifs a la specificite appuient egalement l’idee que le reperto ire d’Ekman et Friesen (1978a) correspond davantage a une approximation qu’a une claire identification des prototypes. Plusieurs expressions de peur et de degou t correspondent a des signaux d’emotions mixtes et non a des signaux d’emotions pures. Il est en effet apparu que les prototypes de peur signalent aussi la surp rise et que ceux du degout signalent aussi la colere. Ces melanges peur-surprise et colere-degout ne sont pas des faits nonveaux. Ils ont ete rapportes a mainte s reprises dans les etudes de la reconnaissances des expressions faciales des em otions (Ekman et al., 1987; Green & Ekman, 1973; Kirouac, Dore & Gosselin, 1983; Matsumoto & Ekman, 1989; Tomkins & McCarter, 1964; Wiggers, 1982).

L’effet de l’encodeur sur l’appreciation de la categorie emotionnelle reproduit les resultats de Wiggers (1982). Cet effet a ete signale dans plusieurs etudes a nterieures mais il n’impliquait pas alors les memes composantes expressives. Ain si, Wallbott et Scherer (1986) ont mis en evidence l’effet de l’encodeur sur la reconnaissance de la categorie emotionnelle mais cet effet est apparu lie a des differences individuelles dans l’utilisation des canaux gestuel et vocal. Dans l ‘etude de Wiggers (1982), ainsi que dans la notre, cet effet est obtenu alors qu e les configurations faciales de l’emotion, telles que controlees a l’aide du FA CS, sont les memes. Ceci signifie que les particularites anatomiques du visage, independamment de l’expression emotionnelle, ont une influence sur le jugement d e l’emotion. Les visages humains different quant aux differents plis faciaux qu’ ils comportent.

Certaines personnes, par exemple, presentent une ouverture des paupieres tres pr ononcee alors que d’autres ont un pli nasolabial apparent meme lorsque leur musc ulature faciale est au repos. Ces traits anatomiques, nullement relies a l’activ ite de la musculature faciale, semblent agir comme de faux signaux emotionnels e t affectent le decodage de l’expression faciale.

L’effet de l’encodeur sur l’interpretation du visage a une implication important e sur l’etude de la reconnaissance des expressions faciales. Compte tenu du fait que des niveaux de reconnaissance parfois tres differents peuvent etre obtenus selon les visages presentes, il apparait preferable d’etudier la reconnaissance d’une expression donnee en utilisant des expressions de plusieurs encodeurs. L’e ffet de l’encodeur limite donc les conclusions de la presente etude, notamment p our les cas ou des niveaux de reconnaissance tres differents ont ete obtenus ent re les encodeurs.

Il serait interessant, dans le cadre d’etudes futures, d’examiner plus en detail s l’effet du facteur encodeur. Notre examen de cette question etait limite par l e fait que le plan d’experience ne comprenait pas un croisement complet entre le s facteurs. Encodeur et Prototype. Cette limite est liee a la difficulte techniq ue de faire produire par les memes encodeurs tous les prototypes desires. D’une part, certains mouvements faciaux sont difficiles a produire volontairement. D’a utre part, il existe des differences interindividuelles marquees en ce qui conce rne les difficultes rencontrees par les encodeurs.

L’effet de l’encodeur sur la reconnaissance des prototypes faciaux souleve deux questions qui meriteraient, a notre avis, un examen plus approfondi. Premieremen t, il conviendrait de verifier si les particularites anatomiques du visage de l’ encodeur biaisent de facon unidirectionnelle l’interpretation que font les decod eurs. Par exemple, les decodeurs ont-ils tendance a percevoir toujours la meme e motion chez un encodeur meme lorsque celui-ci exprime d’autres emotions ou n’en exprime aucune? Deuxiemement, il conviendrait d’identifier les particularites an atomiques du visage qui sont responsables de l’effet qu’elles produisent.

Les auteurs sont desireux de remercier les consultants anonymes qui ont evalue c e manuscrit. Leurs commentaires eclaires ont ete d’une grande utilite dans la re vision du manuscrit. Les demandes de tires a part doivent etre adressees a Pierr e Gosselin, Centre d’etude de l’enfant, Departement de psychologie, Universite d ‘Ottawa, 120, rue Universite, C.P. 450, Succ. A, Ottawa, Ontario K1N 6N5.

TABLEAU 1

Description des unites d’action (UA) entrant dans la composition des prototypes faciaux

Numero Nom dans le FACS Principaux changements d’apparence

1 Inner Brow Raiser Releve la partie anterieure des sourcils. 2 Outer Brow Raiser Releve la partie exterieure des sourcils. 4 Brow Lowerer Baisse les sourcils et les rapproche l’un del’autre. 5 Upper Lid Raiser Releve les paupieres superieures, degageantainsi une plus grande partie des globesoculaires. 6 Cheek Raiser Releve les joues, produit des plis cutanesdans la partie laterale exterieure des yeux et sous lesyeux. 7 Lid Tightener Releve et tend les paupieres inferieures. 9 Nose Wrinkler Plisse la peau du nez en la tirant vers labase du nez. 10 Upper Lip Raiser Releve la levre superieure en lui donnantune forme anguleuse et accentue le sillonnasolabial. 11 Nasolabial Furrow Accentue la partie centrale du sillonnasolabial. 12 Lip Corner Puller Tire les coins des levres de facon diagonalevers les os des joues. 15 Lip Corner Depressor Tire les coins des levres vers le bas etplisse la peau se trouvant sous les coinsdes levres. 16 Lower Lip Depressor Tire la levre inferieure vers le bas enl’etirant et expose une plus grande partiedes dents et de la gencive inferieure. 17 Chin Raiser Pousse la bosse du menton et la levreinferieure vers le haut. 20 Lip Stretcher Etire les levres dans le sens horizontal. 22 Lip Funneler Projette les levres vers l’avant et exposedavantage leur partie coloree. 23 Lip Tightener Imprime une tension sur les levres et lesfait apparaitre plus minces. 24 Lip Pressor Presse les levres ensemble et les faitapparaitre plus minces. 25 Lips Part Ouvre la bouche et separe tres legerementles levres. 26 Jaw Drop Ouvre la bouche au point ou il y a un espaceentre les dents superieures et inferieures. 27 Mouth Stretch Ouvre la bouche a un degre tel que la peaude la bouche apparait tendue.

TABLEAU 2

Correspondance de l’emotion dominante

PRO Composition % Moyen de correspon- Proportion de sujets dance

M e.t. t(73) ENC 1 ENC 2 X2

J 1 12 y 93.9 16.4 23.65 .99 .89 5.44 J 2(a) 12 y + 25 84.5 23.3 13.07 .72 .97 15.69 J 3 6 + 12 y 92.6 17.9 20.54 .91 .95 0.82 J 4(a) 6 + 12 y + 25 85.8 25.5 11.91 .89 .82 1.47 P 1 1 + 2 + 4 + 5 y + 50.7 35.6 0.24 .58 .43 3.27 20 y + 26 P 2 1 + 2 + 4 + 5 y 20.3 24.7 10.32 .00 .40 30.00 P 3 5 y + 20 y 35.1 34.8 3.68 .34 .36 0.13 P 4 1 + 2 + 4 + 5 y + 26 51.3 37.0 0.23 .41 .62 7.53 P 5 1 + 2 + 5 z 12.2 21.6 14.85 .23 .01 14.22 C 1 4 + 5 y + 7 + 10 y + 64.2 37.5 3.25 .64 .65 0.04 22 + 23 + 25 C 2 4 + 5 y + 7 + 17 + 24 76.4 30.1 7.45 .66 .86 8.33 C 3 4 + 5 y + 7 + 23 + 25 79.7 26.1 9.92 .95 .65 7.29 C 4 4 + 5 y + 7 + 17 + 23 91.2 20.9 16.38 .96 .86 4.45 C 5 4 + 5 y + 23 + 25 87.2 22.0 14.46 .96 .78 8.89 S 1 1 + 2 + 5 x + 26 72.3 26.4 7.28 .84 .46 39.00 S 2 1 + 2 + 26 77.7 28.8 8.30 .66 .89 10.70 S 3(a) 1 + 2 + 5 y + 26 75.0 32.3 6.72 .61 .89 17.64 S 4 1 + 2 + 5 x 54.1 37.7 0.91 .46 .62 4.50 S 5 5 x + 26 77.7 31.1 7.77 .74 .81 1.09 T 1 1 + 4 + 15 x + 17 79.1 24.8 9.98 .65 .93 14.22 T 2 6 + 15 y 77.0 32.3 7.26 .70 .84 4.54 T 3 11 + 15 x 48.6 33.1 0.26 .26 .72 27.52 T 4 1 + 4 + 15 y 79.7 27.3 9.56 .63 .96 22.15 T 5 1 + 4 + 11 81.8 30.5 9.17 .81 .82 0.06 D 1 9 67.6 31.4 4.99 .54 .81 11.11 D 2 9 + 16 + 25 54.1 23.0 1.49 .93 .15 58.00 D 3 10 y + 17 48.6 37.9 0.23 .57 .41 4.50 D 4 9 + 17 75.0 33.4 6.52 .73 .77 0.39 D 5 10 y 58.1 38.8 1.76 .50 .66 5.14 D 6 10 y + 16 + 25 43.9 38.8 1.32 .30.58 15.20

PRO = prototype J = joie P = peur C = colere S = surprise T = tristesse D = dego ut ENC = encodeur p

Note. Modified and reproduced by special permission of the Publisher, Consulting Psychologists Press, Inc, Palo Alto, CA 94303 from Facial Action Coding System by Paul Ekman and Wallace V. Friesen. Copyright 1978 by Consulting Psychologists Press, Inc. All rights reserved. Further reproduction is prohibited without the Publisher’s written consent.

TABLEAU 3

Moyenne des reponses d’intensite

PRO Composition J P C S T D

J 1 12y 3.41 0.03 0.02 0.07 0.20 0.05 J 2 12y + 25 3.70 0.06 0.11 0.19 0.22 0.08 J 3 6 + 12y 4.32 0.05 0.24 0.08 0.18 0.05 J 4 6 + 12y – 25 3.88 0.07 0.14 0.26 0.47 0.14 P 1 1 + 2 + 4 + 5y + 0.00 3.28 0.59 1.39 0.96 1.00 20y + 26 P 2 1 + 2 + 4 – 5y 0.04 1.19 0.16 1.69 1.57 0.12 P 3 5 y + 20y 0.00 1.82 0.83 1.58 0.54 0.72 P 4 1 + 2 + 4 – 5y + 26 0.00 3.34 0.18 2.73 0.60 0.25 P 5 1 + 2 + 5z 0.01 0.80 0.34 1.93 1.05 0.06 C 1 4 + 5y + 7 + 10y + 0.03 0.68 3.32 0.37 0.45 1.24 22 + 23 + 25 C 2 4 + 5y + 7 + 17 + 24 0.05 0.17 3.47 0.16 0.68 0.22 C 3 4 + 5y + 7 + 23 + 25 0.07 0.49 3.84 0.34 0.10 0.24 C 4 4 + 5y + 7 + 17 + 23 0.03 0.14 4.65 0.11 0.82 0.09 C 5 4 + 5y + 23 + 25 0.00 0.35 4.71 0.34 0.05 0.08 S 1 1 + 2 + 5x + 26 0.06 0.64 0.03 3.63 0.44 0.54 S 2 1 + 2 + 26 0.13 0.68 0.31 3.66 0.17 0.08 S 3 1 + 2 + 5y + 26 0.59 1.34 0.07 4.10 0.17 0.07 S 4 1 + 2 + 5x 0.04 0.59 0.17 2.05 1.08 0.07 S 5 5x + 26 0.03 0.95 0.29 3.47 0.15 0.04 T 1 1 + 4 + 15x + 17 0.01 0.22 0.20 0.30 3.91 0.25 T 2 6 + 15y 0.08 0.15 0.43 0.13 3.76 0.80 T 3 11 + 15 x 0.07 0.14 0.50 0.20 1.91 1.22 T 4 1 + 4 + 15 y 0.00 0.19 0.34 0.10 3.95 0.54 T 5 1 + 4 + 11 0.00 0.72 0.29 0.11 3.97 0.43 D 1 9 0.07 0.03 1.41 0.14 0.20 3.47 D 2 9 + 16 + 25 0.00 0.13 2.57 0.11 0.22 3.16 D 3 10y + 17 0.04 0.09 1.68 0.09 1.09 2.49 D 4 9 + 17 0.00 0.02 1.18 0.07 0.18 4.40 D 5 10y 0.03 0.09 0.86 0.07 1.02 3.12 D 6 10y + 16 + 25 0.15 0.35 2.31 0.29 0.03 2.19

PRO = prototype J = joie P = peur C = colere S = surprise T = tristesse D = dego ut

TABLEAU 4

Resultats des analyses de variance portant sur la specificite

Facteur dl F

Joie Prediction (A) 1, 511 1967.87** Prototype (B) 3, 511 7.26** A X B 3, 511 5.41**

Peur Prediction 1, 657 4.61 Prototype 4, 657 36.39** A X B 4, 657 24.22**

Colere Prediction 1, 657 1374.96** Prototype 4, 657 7.50** A X B 4, 657 20.14**

Surprise Prediction 1, 657 722.36** Prototype 4, 657 16.33** A X B 4, 657 17.40**

Tristesse Prediction 1, 657 885.09** Prototype 4, 657 9.13** A X B 4, 657 32.38**

Degout Prediction 1, 803 197.47** Prototype 5, 803 7.51** A X B 5, 803 23.84**

p

1 Cette comparaison a la qualite d’etre simple et est preferable a la comparaiso n entre l’intensite de l’emotion predite et la moyenne des intensites des emotio ns non predites.

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