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Canadian Journal of Experimental Psychology

A study of invisible displacements

Summary: Object permanence in capuchin monkeys: A study of invisible displacements

Resume Les recherches revelent des resultats contradictoires quant a la capacite du singe capucin a resoudre des taches de permanence de l’objet avec deplacements invisibles (DI). Mathieu et al. (1976) et Schino, Spinozzi et Berlinguer (1990) concluent que le capucin maitrise les DI, alors que Natale et Antinucci (1989) arrivent a la conclusion opposee. Toutefois, Mathieu et al. (1976) ont administre les DI selon une procedure de type logique contrairement a Natale et Antinucci (1989) et Schino et al. (1990) qui ont utilise une procedure de type comprehensif. Afin de clarifier cette contradiction, des singes capucins recoivent des tests de DI multiples (experience 1, N = 3) et simples (experience 2, N = 2) administres selon les deux types de procedure. Les resultats revelent que les capucins echouent aux tests de DI multiples et simples quelle que soit la procedure utilisee. Une analyse detaillee du comportement revele par ailleurs que la tache type piagetienne semble peu adaptee aux caracteristiques attentionnelles et comportementales de cette espece. La discussion porte sur la necessite de developper une tache de permanence de l’objet plus pertinente du point de vue ecologique chez cette espece.

La permanence de l’objet est sans doute le concept piagetien sensorimoteur le plus etudie tant chez l’humain (Harris, 1983) que chez l’animal (Dore & Dumas, 1987). La permanence de l’objet est cette capacite cognitive permettant de conferer aux objets (physiques et sociaux) une existence continue et de localiser ces objets dans l’espace (Etienne, 1984; Piaget, 1937). Selon Piaget (1937), la permanence s’elabore graduellement au cours de la periode sensorimotrice, I’achevement de la notion de permanence etant caracterisee par la capacite de se representer les deplacements de l’objet meme s’ils n’ont pas ete percus directement (i.e. Ies deplacements invisibles OU DI). Dans la procedure type de DI, un objet est d’abord dissimule dans un contenant, lequel est ensuite deplace derriere ou sous un autre ecran l’objet est alors dissimule (sans que le sujet puisse voir ce transfert) derriere ou sous cet autre ecran; enfin, le contenant est ressorti et montre vide. Le sujet doit donc logiquement deduire que l’objet se trouve derriere l’ecran visite par le contenant. La maitrise des DI apparait donc une etape cruciale dans le developpement cognitif car elle indique, selon Piaget, I’utilisation de la representation mentale comme methode de recherche de l’objet.

De facon generale, les mammiferes et les primates peuvent resoudre sans difficulte des problemes impliquant des deplacements visibles de l’objet (i.e. stades 4 et 5) (voir Dore et Dumas, 1987 pour une recension des ecrits). Toutefois, seuls les anthropoides comme le chimpanze (Mathieu, Bouchard, Granger, & Herscovitch, 1976) et le gorille (Natale, Antinucci, Spinozzi, & Poti, 1986; Redshaw, 1978) ainsi que le chien domestique (Gagnon & Dore, 1992) peuvent resoudre des taches avec DI. Les especes comme le macaque (Natale et al., 1986; Natale & Antinucci, 1989), le lagotriche (Mathieu et al., 1976) ainsi que le chat domestique echouent les taches de DI telles qu’administrees selon la procedure type piagetienne.

Bien que le singe capucin ne soit pas classe parmi les anthropoides, differents indices suggerent la presence chez cette espece de capacites cognitives complexes: indice eleve de cephalisation (i.e. rapport poids du cerveau/poids corporel) (Jerison, 1973), utilisation d’outils (Chevalier – Skolnikoff,1989;Gibson, 1990), manipulation hautement differenciee d’objets (Chevalier – Skolnikoff, 1989; Vauclair, 1992). Toutefois, en ce qui concerne la capacite a resoudre des DI dans une tache de permanence de l’objet, les donnees sont contradictoires. L’etude de Mathieu et al. (1976) (N = I ) montre que le capucin resout les DI (i.e. test de stade 6). Cependant, Natale et Antinucci (1989) (N = 2) arrivent a la conclusion opposee alors que Schino, Spinozzi et Berlinguer (1990) (N = 2) affirment que seul le plus age des deux sujets testes resout les DI.

Il faut noter que Mathieu et al. (1976) ont administre les tests de DI a l’aide d’une procedure de type logique, alors que Natale et Antinucci (1989) et Schino et al. (1990) ont utilise une procedure de type comprehensif. Dans une procedure de type logique (Haake & Sommerville, 1985), l’experimentateur montre si le contenant contient ou non l’objet entre chaque deplacement a l’interieur d’une sequence donnee, alors que dans une procedure de type comprehensif (Sophian, 1986) I’experimentateur montre le contenant vide seulement a la fin de la sequence des deplacements. Ainsi, meme s’il y a Dl dans chaque procedure, un seul choix n’est possible dans la procedure logique, alors que dans l’autre procedure, le sujet peut rechercher l’objet parmi tous les ecrans visites lors d’une sequence donnee. La procedure logique apparait donc, en principe, plus simple a resoudre (un seul lieu doit etre retenu en memoire) que la procedure de type comprehensif. Par ailleurs, Schino et al. (1990) concluent que le plus age des deux sujets de leur etude resout les Dl a l’aide d’une strategie representative (au sens piagetien) et non pas d’une strategie empirique, comme par exemple

Ainsi, l’utilisation de deux procedures distinctes dans la facon d’administrer les Dl ainsi que l’absence d’essais controle adequats pourraient expliquer les resultats contradictoires observes dans la litterature. De plus, il importe de souligner que, dans l’etude de Mathieu et al. (1976), les tests de permanence ont ete administres selon un ordre croissant de difficulte, les tests de deplacements visibles ayant ete administres ayant les tests de Dl. Or, une telle facon de proceder peut induire un effet d’apprentissage (Dore, 1986) et ainsi faciliter la performance (mais non la comprehension) aux tests des deplacements invisibles presentes en dernier lieu.

L’objectif de la presente recherche consiste a verifier si le singe capucin peut ou non resoudre des tests de Dl, et ce, en administrant les tests de Dl a l’aide de la procedure de type logique et de la procedure de type comprehensif tout en incluant des essais controle adequats. Afin d’eliminer l’effet lie a l’ordre de presentation, seuls des tests de Dl sont administres.

Experience 1 METHODE Sujets

Trois singes capucins (Cebus apella), une femelle S1 (3 1/2 ans) et deux males s2 (3 1/2 ans) et s3 (4 ans) ont participe a cette experience. Ils etaient a l’Institut de Dressage Simien du Quebec depuis au moins une annee. Seul s3 avait subi un entrainement aux comportements d’aide pour personnes handicapees. Les sujets recevaient leur nourriture deux fois par jour, soit une portion le matin et une autre portion en fin d’apres midi.

Appareil

L’appareil experimental etait compose de trois boites de 12 cm3 fixees a 20 cm l’une de l’autre sur une plateforme de 89 x 30 x 10 cm. L’arriere de ces boites etait ouvert afin d’y inserer l’objet cible ou de l’en retirer sans difficulte. A l’interieur de la boite, un panneau mobile de 9 cm recouvrait l’ouverture de 5 cm pratiquee dans la face avant de la boite. Ce panneau, tout en empechant le sujet de voir si l’objet etait ou non laisse dans la boite visitee lors des deplacements de l’objet, lui permettait par la suite d’y inserer la main en poussant legerement le panneau, lequel etait alors releve vers le haut. L’interieur des boites etait recouvert de feutre afin d’eliminer tout indice auditif. Un cube de bois de couleur orange de 2.5 cm servait d’objet cible. Un cube vide de 3 cm de couleur brun pale (recouvert de feutre a l’interieur) et fixe a l’extremite d’un baton de plexiglas de 30 cm servait a effectuer les deplacements de l’objet.

L’appareil experimental comprenait egalement une cage de 89 x 61 x 51 cm dans laquelle chaque sujet prenait place lors de l’entrainement et de la phase experimentale. Le devant de la cage etait muni d’une bande de plexiglas de 89 x 35 cm permettant ainsi aux sujets de bien voir les deplacements de l’objet. Un grillage de 89 x 16 cm, divise en carres de 2.5 x 1 cm et situe sous la bande de plexiglas, completait la face avant de cette cage. A gauche, au centre et a droite du grillage, trois ouvertures rectangulaires de 5 x 2.5 cm permettaient aux sujets de passer la main sans difficulte afin d’atteindre les boites fixees sur la plate – forme. Un tiroir situe dans la partie inferieure de la cage permettait de la nettoyer. Une porte guillotine placee a l’arriere de la boite permettait de laisser entrer et sortir les sujets. La plate – forme ainsi que la cage experimentale etaient placees sur une table devant laquelle prenait place l’experimentatrice pour effectuer les manipulations. Toutes les seances d’entrainement et d’experimentation ont ete filmees.

Procedure

Phase preexperimentale. Les sujets ont d’abord eu une periode de familiarisation suivie de trois periodes d’entrainement. Il n’y avait qu’une session par jour, le matin, d’une duree variant entre 10 et 30 minutes en fonction de la collaboration de chaque sujet. Afin de s’assurer que les sujets soient motives, un renforcement alimentaire (par ex. un morceau de raisin) etait utilise pendant chaque session. De plus, les sujets ne recevaient leur ration du matin qu’une fois la session terminee.

1. Familiarisation. Chaque sujet etait tout d’abord familiarise a la cage d’experimentation ainsi qu’a la presence de l’experimentatrice (E). Le sujet etait place dans la cage et E lui donnait de la nourriture avec la main. De plus, un renforcement verbal etait donne chaque fois que le sujet prenait la nourriture. Lorsque le sujet avait pris la nourriture dans la main de E 20 fois consecutives, et ce deux jours consecutifs, le sujet passait a l’etape suivante. Cette etape a dure deux jours pour chacun des trois sujets.

2. Entrainement a l’attention. Cette etape consistait a faconner les sujets a etre attentifs. Les singes capucins sont tres actifs et il est difficile pour eux de rester immobiles plus de quelques secondes. Or, l’administration de tests de permanence requiert une bonne attention visuelle. Pour cette periode de faconnement, l’objet cible a ete colle a l’extremite d’un baton de plexiglas long de 30 cm. Afin d’inciter le sujet a suivre le mouvement de l’objet, un renforcement alimentaire etait depose sur le dessus de l’objet cible. Lorsque le sujet avait suivi le mouvement de l’objet de facon continue (i.e. sans interruption) depuis l’une des extremites de la plate – forme jusqu’a l’autre extremite ainsi qu’en sens inverse (e.g. gauche – droite – gauche), E approchait l’objet du grillage afin que le sujet puisse prendre son renforcement. Pour passer a l’etape suivante, le sujet devait etre attentif 20 fois consecutives pendant deux jours consecutifs. s1 a atteint le critere en six jours, s2 en cinq jours, et s3 en trois jours.

3. Entrainement a donner l’objet. Cette etape avait pour but de s’assurer que les sujets comprenaient bien que le renforcement etait donne en echange de l’objet cible. E donnait l’objet au sujet et celui – ci devait remettre l’objet en echange du renforcement. Lorsque le sujet avait remis l’objet dans la main 20 fois consecutives, et ceci pendant deux jours consecutifs, il etait pret a passer a l’etape suivante. Cette etape a dure deux jours pour s1, trois jours pour s2, et trois jours pour S3.

4. Discrimination de l’objet. Afin de s’assurer que le sujet saisisse veritablement qu’il devait echanger l’objet cible pour obtenir la nourriture, et non pas seulement toucher ou manipuler quelque objet, chaque sujet a ete soumis a une periode de discrimination. Dans un premier temps, le sujet devait discriminer entre trois objets de dimensions similaires: l’objet cible, un triangle vert et un rectangle jaune. Ces trois objets etaient poses sur la plate – forme qui etait alors avancee vers le sujet qui devait choisir l’objet cible pour obtenir le renforcement. La position des objets etait determinee de facon aleatoire a chaque essai. Le sujet devait choisir l’objet 20 fois consecutives, et ce deux jours consecutifs. s1 a atteint le critere en cinq jours, s2 en cinq jours, et s3 en deux jours. Par la suite, E placait l’objet cible, le rectangle et une boite experimentale sur la plate – forme. Cette boite a ete introduite afin de s’assurer que le sujet ne manipulerait pas les boites inutilement lors de l’administration des tests. La position des objets etait determinee de facon aleatoire a chaque essai. Au moment ou le sujet avait choisi l’objet cible 20 fois consecutives et ceci deux jours consecutifs, il passait a l’etape suivante. Tous les sujets ont atteint le critere en deux jours. Il est tres important de noter que pour eviter qu’il y ait apprentissage, l’objet n’a jamais ete cache dans la boite experimentale lors de cette deuxieme etape de la discrimination. De fait, les sujets n’ont jamais insere la main dans la boite. Dans ce sens la procedure de renforcement secondaire (i.e. un objet cible est echange pour de la nourriture) demeure completement dissociee de la phase test. Le respect de ce critere est essentiel afin que les tests de permanence demeurent valides (Bouchard & Mathieu, 1976; Dore & Dumas, 1987).

Une fois cette periode de discrimination completee, deux essais de stade 4 etaient immediatement administres a chaque sujet afin de s’assurer de l’atteinte du stade 4 et de la presence dans le repertoire comportemental de l’animal de la composante motrice (i.e. pousser sur le couvercle et inserer la main dans la boite) necessaire a l’accomplissement de la tache. Seule une boite etait presente sur la plate – forme, l’objet etant montre au sujet puis insere dans la boite.

Phase experimentale. Lors de l’experimentation, les trois boites experimentales sont fixees sur la plate – forme qui est alors placee a 20 cm de la cage. E attire l’attention de l’animal en lui montrant l’objet, effectue les deplacements de l’objet, puis avance la plate – forme vers le sujet qui peut alors amorcer sa recherche de l’objet.

Un test de DI multiples est administre a chaque sujet selon la procedure de type logique (10 essais) et selon la procedure de type comprehensif (10 essais). Dans chacune des deux procedures, l’objet est tout d’abord montre au sujet puis cache dans le cube deplaceur. Le cube deplaceur est ensuite introduit dans une premiere boite, ressorti, puis introduit dans une deuxieme boite et ressorti. Enfin, le cube deplaceur est laisse de facon aleatoire soit entre les boites A et B ou entre B et C, soit a la gauche de la boite A (boite situee a gauche) ou a la droite de la boite C (boite situee a droite). Dans la procedure de type logique, E montre au sujet si le cube deplaceur contient ou non l’objet cible entre chaque deplacement a l’interieur d’une meme sequence, alors que dans la procedure de type comprehensif, ce n’est qu’a la fin de la sequence des deplacements que le cube est montre vide.

Les 10 essais logiques sont repartis en cinq essais lineaires adjacents suivis de cinq essais lineaires non adjacents. Dans les essais adjacents, les boites visitees sont contigues: AB, BA, BC, CB, mais pas dans les essais non adjacents: AC et CA. Les essais comprehensifs sont aussi repartis en cinq essais lineaires adjacents et cinq essais lineaires non adjacents. Les essais logiques sont administres avant les essais comprehensifs, et les essais adjacents avant les essais non adjacents. Quelle que soit la procedure et quel que soit le type d’essai, deux boites sont visitees a chaque essai (la troisieme boite etant une boite controle). La sequence des deplacements (i.e. les boites visitees) ainsi que la boite cible (i.e. la boite dans laquelle est cache l’objet) sont determinees au hasard a chaque essai.

Dans les essais logiques, pour qu’il y ait reussite, le sujet ne doit aller chercher l’objet que dans la seule boite cible possible. Si le sujet cherche dans la boite controle ou l’autre boite visitee, la plate – forme est immediatement retiree et l’essai est echoue. Dans les essais de type comprehensif, l’objet peut se trouver dans l’une des deux boites visitees. Pour qu’il y ait reussite, le sujet doit chercher l’objet dans les boites visitees seulement. Si le sujet va dans la boite controle avant d’aller dans l’une des boites visitees, ou encore si le sujet va dans la boite visitee non cible puis dans la boite controle, la plate – forme est retiree et l’essai est echoue. A chaque essai, l’animal qui a retrouve et remis l’objet cible a E recoit un renforcement alimentaire.

Dans la procedure de type comprehensif, lorsque le sujet avait visite une premiere boite, il arrivait parfois qu’il arrete sa recherche. Si le sujet etait alle dans une boite visitee (i.e. une boite impliquee dans la sequence de deplacements), E donnait l’ordre verbal au sujet de donner l’objet pour inciter celui – ci a poursuivre sa recherche. Par contre, aucune demande verbale n’etait faite au sujet pour qu’il recherche l’objet dans la procedure de type logique car un seul choix etait possible.

Criteres d’attention. Meme si les sujets avaient ete faconnes a etre attentifs, les capucins etant des animaux vifs et rapides, il etait difficile pour E de determiner au moment meme de l’administration d’un essai donne, sans risque de se tromper, si le sujet etait attentif ou non pendant les deplacements de l’objet. Afin de tenir compte de l’activite du sujet dans la cage, et de faciliter la tache de E, la sequence de deplacements pour chaque essai a ete divisee en segments. Pour etre attentif, le sujet devait suivre visuellement sans interruption chacun des segments. Toutefois, il lui etait permis d’interrompre (e.g. detourner la tete, se deplacer dans la cage) sa poursuite visuelle une fois qu’un segment avait ete complete, auquel cas E gardait le deplaceur immobile au point ou le segment avait ete complete, jusqu’a ce que le sujet reprenne sa poursuite visuelle.

Les segments etaient les suivants: 1. Regarder l’objet cible au moment ou il est place dans le cube deplaceur. 2. Regarder la trajectoire du deplaceur depuis le point de depart jusqu’a son introduction dans la premiere boite. 3. Regarder le cube deplaceur sortir de la premiere boite jusqu’au point d’arret situe pres de la seconde boite pour les essais de type comprehensif, ou jusqu’entre les deux boites dans les essais de type logique. 4. Regarder dans le deplaceur entre la premiere et la deuxieme boite afin de voir si le deplaceur contient ou non l’objet cible pour les essais de type logique (non pertinent dans les essais comprehensifs). 5. Regarder la trajectoire du deplaceur depuis le point d’arret du segment 3 (test comprehensif) ou 4 (test logique) jusqu’a son introduction dans la deuxieme boite 6. Regarder la trajectoire du deplaceur depuis sa sortie de la seconde boite jusqu’au point d’arret terminal. 7. Enfin, regarder le deplaceur vide au point d’arret terminal.

Bien que l’emploi d’un tel critere d’attention soit inhabituel (voir Discussion), il n’en demeure pas moins qu’il permettait au sujet de percevoir toute l’information necessaire a la resolution du probleme. Lorsque le sujet interrompait sa poursuite visuelle pendant la duree d’un segment donne, l’essai etait annule et repris immediatement. Onze essais ont du etre recommences avec s1, 26 avec s2, 6 avec s3. De plus, les essais etaient visionnes a posteriori, et si des failles au niveau de l’attention visuelle etaient a nouveau detectees, le ou les essais invalides etaient repris lors de la session suivante. Deux essais ont ete repris avec s1, 5 avec S2, aucun avec s3.

RESULTATS

Les resultats (voir tableau 1) indiquent que les capucins ne maitrisent pas les DI. Pour l’ensemble des tests, S1 a un taux de reussite de 30%, s2 un taux de 35% et s3 un taux de 25%. En outre, pour l’ensemble des trois sujets, le taux de reussite est le meme, 30% (9/30) quel que soit le type de procedure (logique versus comprehensif) utilise. Or, juste en recherchant l’objet au hasard, le sujet a une chance sur trois de reussir. Enfin, les essais adjacents (9/30) ne sont pas mieux reussis que les essais non adjacents (9/30). A six reprises (sl: un essai; s2: un essai; s3: quatre essais), dans les essais de type comprehensif, les sujets ont insere la main dans la boite cible mais n’ont pas touche l’objet et ont continue leur recherche dans une autre boite. De tels essais ont ete consideres comme des echecs puisque l’objet cible n’a pas ete retrouve. Toutefois, il convient d’admettre que le sujet avait initialement effectue le bon choix. Si on considere ces essais comme reussis, on obtient 15 reussites sur 30 aux essais comprehensifs. Cependant, ce taux demeure peu convaincant etant donne qu’apres avoir cherche dans une premiere boite, les chances de reussite devenaient une sur deux. Dans de telles circonstances, les sujets ont toujours opte pour la boite adjacente comme second choix. Or, dans quatre de ces six essais, la boite adjacente etait une boite controle et non pas une boite visitee.

Dans la theorie piagetienne, il est important de faire, non seulement l’analyse des reussites des sujets, mais aussi celle des echecs. Une analyse de ces echecs a revele que les sujets ont privilegie une boite pour effectuer leur recherche de l’objet. En d’autres termes, les sujets ont manifeste un biais de position, et ce, des les essais logiques (i.e. les essais presentes en premier). sl a choisi la boite B Six fois sur 10 aux essais logiques, s2 la boite A 10 fois sur 10, et s3 la boite C 9 fois sur 10. Ce biais s’est maintenu aux essais de type comprehensif. En effet, la boite B a constitue le premier choix de sl six fois et le second choix deux fois. La boite A a constitue le premier choix de s2 a chacun des 10 essais. La boite C a constitue le premier choix de s3 a sept essais, et le second choix a deux essais.

Il importe de rappeler que la sequence de deplacements ayant ete subdivisee en sept segments, il etait possible pour le sujet d’interrompe sa poursuite visuelle (i.e., detourner momentanement la tete, se deplacer dans la cage). Les resultats indiquent qu’au total les sujets ont interrompu la poursuite visuelle 9, 9, 3, 23, 13, et 9 fois respectivement pour chacun des six points intersegments. Ainsi, les sujets ont suivi visuellement pratiquement sans interruption les deplacements de l’objet pendant les premiers segments de la sequence (i.e., 3’Symbol not transcribed’eme segment complete dans les essais comprehensifs, 4eme segment dans les essais logiques). Toutefois, juste avant que l’objet ne soit introduit dans la seconde boite impliquee dans la sequence des deplacements, la frequence des interruptions de la poursuite visuelle a considerablement augmente.

DISCUSSION

Les resultats de cette premiere experience indiquent que les singes capucins ne peuvent maitriser des taches de permanence avec DI multiples, et ce, quelle que soit la procedure utilisee. Ces resultats confirment ceux obtenus par Natale et Antinucci (1989) et non pas ceux obtenus par Mathieu et al. (1976), ni ceux de Schino et al. (1990). Toutefois, la tache de DI multiples employee dans la presente etude demandait une attention prolongee. Meme si les sujets avaient ete entraines a etre attentifs, les resultats ont montre que la sequence des deplacements etait probablement trop longue, ce qui a pu provoquer les interruptions frequentes de la poursuite visuelle apres que la premiere boite de la sequence eut ete visitee. De fait, les trois premiers segments de la sequence dans le test comprehensif et les quatre premiers dans le test logique correspondent a un DI simple. Il apparait donc necessaire de verifier si, dans une tache avec DI simple, les capucins peuvent reussir.

Experience 2 METHODE

Sujets

s1 et S3 ont participe a l’experience 2; s2 a ete elimine a cause d’un manque de collaboration.

Appareil

Le meme appareil que dans l’experience I a ete utilise sauf que deux boites seulement ont ete fixees a 20 cm l’une de l’autre sur la plate – forme. Le cube deplaceur a ete remplace par la main de E.

Procedure

Un test de DI simple, selon la procedure logique (18 essais) et la procedure de type comprehensif (16 essais), a ete administre. Les essais logiques ont ete administres avant les essais comprehensifs.

Procedure de type logique. La procedure logique comprenait 18 essais repartis egalement en trois types. Dans le premier type d’essai, E placait d’abord sa main, face ouverte sur laquelle reposait l’objet cible, pres d’une des deux boites (a gauche de la boite A situee a gauche, ou a droite de la boite s situee a droite), puis refermait la main sur l’objet et inserait la main dans cette boite, y deposait l’objet, ressortait la main toujours fermee, et finalement placait la main sur la plate – forme entre les deux boites et l’ouvrait pour montrer qu’elle ne contenait plus l’objet. Dans ce type d’essai, la position finale de la main est adjacente a la boite cible. Les essais de type 2 sont identiques aux essais de type I sauf que la main, une fois l’objet cache dans la boite visitee, est deposee a l’extremite de la plate – forme opposee au point de depart (i.e. non adjacente a la boite visitee). Enfin, dans les essais de type 3, la main etait montree face ouverte entre les deux boites, mais cette fois E inserait sa main vide dans la boite controle, l’en ressortait, la placait tout pres face ouverte. La position finale n’est donc pas adjacente a la boite cible. En outre, il y a un controle pour le mouvement de la main. Une fois chaque essai complete, la plate – forme etait avancee vers le sujet; la main ayant effectue les deplacements de l’objet demeurait toujours sur la plate – forme. L’ordre de presentation des 18 essais possibles est determine au hasard.

Procedure de type comprehensif. Cette procedure comprenait 16 essais repartis egalement en deux types d’essais. Dans les essais de type 1, la main, face ouverte sur laquelle repose l’objet, est placee a cote de la boite cible (a gauche de la boite A, Si A est la boite cible, etc.), la main est refermee, introduite dans la boite cible, ressortie et placee entre les deux boites mais gardee fermee contrairement aux essais logiques. A chaque essai, l’objet est laisse soit dans la boite cible, soit gardee dans la main. Les essais de type 2 sont identiques a ceux de type I sauf que la main, une fois ressortie de la boite cible est placee de l’autre cote de la boite non visitee et gardee ferrnee (i.e. a gauche de la boite A Si la boite B est la boite visitee et inversement). Une fois chaque essai complete, la plate – forme est avancee vers le sujet et la main demeure a la disposition du sujet. Pour la moitie des essais du type I et du type 2,1’objet est cache dans la boite cible, pour l’autre moitie l’objet est garde dans la main. L’ordre de presentation des 18 essais possibles est determine au hasard.

Tout comme dans l’experience 1, la sequence de deplacements a ete segmentee, de telle sorte que les sujets pouvaient interrompre leur poursuite visuelle apres qu’un segment donne eut ete complete. Les memes criteres d’annulation des essais que dans l’experience I ont ete utilises. Lors de l’administration des tests, trois essais ont ete annules et repris avec s1, 12 essais avec s3. Apres visionnement, neuf essais ont ete repris avec s1 et 14 avec s3.

RESULTATS

Les resultats (voir tableau 2) revelent un taux de reussite de 50% pour chaque sujet dans la procedure de type logique. Ces resultats ne sont pas differents de ce que predit le hasard si on considere qu’il n’y a que deux boites sur la plate – forme. De fait, les deux sujets ont maintenu leur biais de position ce qui explique ce taux de reussite. S1 a cherche 17 fois sur 18 dans la boite A, alors que s3 a cherche 18 sur 18 dans la boite B. Dans les essais comprehensifs, s1 a reussi 4 fois sur 16, soit les essais ou l’objet etait cache en A. S1 a donc encore une fois privilegie la boite A. De plus, il n’est jamais venu chercher l’objet a la main de E. Quant a S3, il a reussi 11 essais sur 16 (69%). Toutefois une analyse detaillee (voir tableau 3) de la performance de S3 indique qu’il a amorce sa recherche le plus souvent par la boite B. Si l’objet se trouvait en B, S3 reussissait. Si l’objet n’etait pas en B, S3 cherchait dans la main a condition que celle – ci soit adjacente a la boite B. Dans le cas ou la main n’etait pas adjacente, la reussite provenait d’une recherche directe a la main, c’est – a – dire sans etre prealablement alle a la boite. S3 a donc utilise une strategie dans laquelle la boite B constituait le point de depart de toute recherche, quelle que soit la boite cible, puis poursuivait a la main (i.e. au deplaceur) pourvu qu’elle soit adjacente a la boite B.

Enfin, les resultats revelent par ailleurs que S3 a rarement interrompu sa poursuite visuelle, soit 6 fois au total des essais contrairement a s1 qui a interrompu 32 fois sa poursuite visuelle. En resume, les capucins ne peuvent resoudre des tests DI simples.

Discussion generale

L’objectif de la presente recherche consistait a verifier si le singe capucin pouvait resoudre des problemes de DI (i.e. atteinte du stade 6 de la permanence de l’objet), et ceci, en administrant les tests de DI a l’aide d’une procedure de type logique et d’une procedure de type comprehensif. Les resultats indiquent que dans les DI multiples (Exp. 1) et simples (Exp. 2), les sujets ont echoue quelle que soit la procedure utilisee. Ces resultats reprodui – sent ceux obtenus par Natale et Antinucci (1989) mais non ceux obtenus par Mathieu et al. (1976) ni ceux de Schino et al. (1990).

Il importe de souligner que, dans la presente etude, un critere discontinu d’attention a ete utilise plutot qu’un critere continu. Ainsi, les sujets pouvaient interrompre leur poursuite visuelle lors d’une sequence de deplacements de l’objet sans pour autant que l’essai soit annule, alors qu’habituellement l’interruption de la poursuite visuelle (momentanee ou non) entraine l’annulation de l’essai. Donc, les sujets ont peut – etre echoue parce qu’ils n’ont pas percu toute l’information pertinente a la resolution du probleme. Ceci est peu probable car le critere exigeait que tous les segments de la sequence soient suivis visuellement. Il est egalement possible de supposer que les interruptions frequentes de la poursuite visuelle a la fin du 4’Symbol not transcribed’eme segment de la sequence dans l’experience I ont pu introduire un delai temporel tel que la reprise de la poursuite visuelle pourrait etre consideree comme le debut d’un second essai plutot que la continuation du meme essai. Si cela peut s’averer possible dans l’experience 1, ce n’est certes pas le cas dans l’experience 2 ou la sequence de deplacement comprenait quatre segments au maximum.

Par ailleurs, de tels problemes au niveau de l’attention ne sont pas specifiques a notre etude. En effet, Mathieu et al. (1976) mentionnent que dans leur recherche tous les essais ont ete cotes meme si l’attention n’etait pas optimale, bien qu’ils ne definissent pas operationnellement quel etait le critere d’attention. Quant a Natale et Antinucci (1989) et Schino et al. (1990), ils ne mentionnent aucun detail a ce sujet, de sorte qu’on ignore combien d’essais ont ete repris, de quelle facon l’attention etait definie de facon operationnelle, information qui apparait pourtant d’une grande pertinence et qui est rapportee dans les etudes recentes en permanence de l’objet chez les animaux (Dumas & Dore, 1986). De fait, il apparait que, chez le singe capucin, l’attention semble optimale tant et aussi longtemps que l’objet demeure visible. Ainsi, lors d’activites comme la manipulation d’objets, les capucins peuvent avoir une attention soutenue (Chevalier – Skolnikoff, 1989). Dans notre etude, l’attention a ete maximale lors de l’entrainement a l’attention ou l’objet cible etait toujours visible. Les problemes d’attention semblent donc survenir apres la disparition de l’objet.

Copyright Canadian Psychological Association Sep 1994

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